Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de Corse, a déclaré ce mercredi 16 juin 2026 que si le projet d'autonomie de l'île était rejeté par l'Assemblée nationale, cela constituerait un déni démocratique pour la société corse. Ses propos, tenus lors d'une conférence de presse à Ajaccio, interviennent alors que le débat sur le statut de la Corse s'intensifie à Paris.
Un processus de longue haleine
Le processus d'autonomie corse est le fruit de plusieurs années de négociations entre les élus locaux et le gouvernement central. Simeoni a rappelé que ce projet répond à une demande historique de la population corse, exprimée à travers des consultations électorales et des mouvements sociaux. Il a souligné que l'autonomie n'est pas une rupture avec la République, mais une reconnaissance de la spécificité de l'île au sein de l'État français.
Selon lui, le texte soumis au Parlement prévoit des compétences élargies dans des domaines clés tels que l'éducation, l'aménagement du territoire, la culture et la fiscalité. Il permettrait à la Corse de gérer ses propres affaires tout en restant dans le cadre constitutionnel français. Simeoni a insisté sur le fait que ce projet est équilibré et respectueux des principes républicains.
Un appel à la responsabilité des députés
Le président du Conseil exécutif a lancé un appel solennel aux députés de la nation, les exhortant à ne pas ignorer la volonté du peuple corse. Il a averti qu'un rejet du texte pourrait avoir des conséquences graves sur la stabilité de l'île et sur la confiance des Corses envers les institutions républicaines. Simeoni a cité l'exemple d'autres régions autonomes en Europe, comme la Catalogne ou l'Écosse, pour montrer que l'autonomie peut être un facteur de paix et de développement.
Il a également mis en garde contre les risques d'une radicalisation du mouvement nationaliste corse en cas de refus de l'autonomie. Selon lui, les forces modérées, qu'il représente, pourraient perdre du terrain au profit de groupes plus extrémistes. Simeoni a donc plaidé pour un vote favorable à l'Assemblée nationale, estimant que c'est dans l'intérêt de tous.
Les réactions politiques
Les déclarations de Simeoni ont suscité des réactions contrastées. À Paris, certains députés de la majorité présidentielle se sont montrés ouverts à la discussion, tandis que d'autres, notamment à droite, ont exprimé des réserves. Le député des Républicains, Jean-Pierre Lecoq, a qualifié le projet d'autonomie de « dangereux pour l'unité nationale ». En revanche, le groupe La France Insoumise a soutenu la demande corse, y voyant une avancée démocratique.
En Corse, les partisans de l'autonomie ont salué la prise de position de Simeoni, tandis que les opposants, comme le collectif « Corse Française », ont dénoncé une tentative de séparatisme déguisé. Une manifestation est prévue ce week-end à Bastia pour soutenir le projet d'autonomie.
Un vote crucial à venir
Le vote à l'Assemblée nationale devrait avoir lieu dans les prochaines semaines. Le texte, adopté en première lecture par le Sénat, a été modifié par la commission des Lois de l'Assemblée. Simeoni a appelé à une mobilisation citoyenne pour faire pression sur les députés. Il a également annoncé qu'il rencontrerait le Premier ministre dans les jours à venir pour discuter des derniers amendements.
Pour Simeoni, l'enjeu est clair : le rejet de l'autonomie serait un signal négatif envoyé à l'ensemble des territoires ultramarins et des régions françaises aspirant à plus de décentralisation. Il a conclu en affirmant que la Corse ne demande pas une exception, mais une simple reconnaissance de sa différence.



