Orthez confrontée à un scénario catastrophe : la fin des dotations de l'État
Après l'hyper canicule dévastatrice de l'été 2030, la commune d'Orthez se prépare à un scénario économique des plus sombres : la suppression totale des dotations versées par l'État. Le journal Sud Ouest a imaginé quatre scénarios de crise réalistes qu'il a soumis aux quatre candidats en lice pour le siège de maire. Jusqu'au vendredi 27 février, notre rédaction dévoile leurs réactions, commentaires et programmes d'anticipation face à cette éventualité.
Un contexte déjà marqué par les crises
La pandémie de Covid, l'instabilité gouvernementale, le budget national de rigueur et l'explosion des prix de l'énergie suite à l'agression de l'Ukraine ont rythmé le mandat qui s'achève. Ces crises mondiales et nationales ont eu des impacts locaux significatifs sur la commune. La mandature qui débutera fin mars en connaîtra probablement d'autres, sans aucun doute possible.
Le scénario catastrophe : les dotations suspendues
Le lundi 18 mars 2030, face à une flambée des taux d'intérêt et à la défiance des investisseurs, l'État suspend ses dotations aux collectivités territoriales pour éviter un défaut de paiement. Les communes doivent alors continuer à assurer les services publics essentiels avec des caisses quasi-vides. Cette crise financière mondiale, déclenchée par l'effondrement du marché chinois et la hausse brutale des taux, provoque un emballement incontrôlable de la dette publique française.
La situation devient rapidement insoutenable, forçant l'État à suspendre immédiatement toutes ses dotations aux collectivités. Cette mesure prend complètement de court les mairies, avec des conséquences en cascade bien connues : annulation des subventions, arrêt des projets en cours, gel des recrutements et fermeture des services non essentiels. L'Association des maires de France appelle à une mobilisation nationale des élus locaux, dénonçant un abandon méthodique de l'État au fil des dernières années.
Les réactions des candidats
Éric Delteil, candidat de gauche : « Ce n'est pas un scénario d'anticipation probable », commence-t-il. « Nous sommes déjà confrontés à ce désengagement progressif de l'État », estime le sexagénaire, candidat pour la quatrième fois. Il rappelle qu'il prédisait cet « abandon » des communes par l'État dès la campagne de 2014. Les données budgétaires sont éloquentes : en 2005, Orthez a perçu 1,6 million d'euros de dotation globale de fonctionnement (DGF) de la part de l'État. Dix ans plus tard, cette DGF était tombée à 1,3 million d'euros. L'an dernier, le budget municipal n'affichait plus que 187 257 euros de dotations.
« Le budget 2026 asphyxie déjà l'ensemble des collectivités locales », tempête Éric Delteil. En écho à ce scénario, il plaide pour une mobilisation générale de toutes les associations d'élus et de la population pour réclamer la restitution de ces dotations. « Si les citoyens nous donnent les clés de la mairie, nous travaillerons à cette mobilisation pour que leurs droits soient pleinement respectés. »
La rigueur des élus sortants
Jeanne Lamazère-Destugues, adjointe à l'éducation et cheffe de file de la majorité pour poursuivre l'action d'Emmanuel Hanon, constate également ce désengagement progressif de l'État. « L'aide financière de l'État, comme du Département, est déjà de moins en moins importante », se désole-t-elle.
« Ce qui est décrit dans ce scénario de 2030 est une situation catastrophique. Nous n'en sommes pas à devoir fermer des services. Mais notre marge de fonctionnement est sérieusement limitée », souligne la candidate. Dès son entrée en campagne, Jeanne Lamazère-Destugues a indiqué que sa gestion serait dans la continuité de la rigueur budgétaire. Pas de grands projets d'investissement pour l'équipe d'« Ensemble construisons l'avenir ».
« Il est indispensable d'investir pour préparer l'avenir. Mais les contraintes financières exigeront de prioriser les sujets absolument indispensables », commente-t-elle. L'aménagement de la gare en pôle multimodal représente, pour elle, la première des priorités.
Vendre du patrimoine communal
La vente de bâtiments communaux, tels que ceux occupés par des associations qui, demain, iront dans la nouvelle maison dédiée ou la Minoterie et le château Lameignère, doit apporter de nouvelles recettes au budget communal selon Jeanne Lamazère-Destugues. Pour elle, la fermeture d'écoles peu peuplées pour en vendre les locaux pourrait s'envisager dans un scénario catastrophe tel que celui décrit ici. « Mais ce n'est pas mon intention aujourd'hui. En revanche, nous réfléchissons sérieusement à redéfinir la carte scolaire », annonce la candidate.
La position du Rassemblement national
Du côté du Rassemblement national, cette fermeture totale des robinets de l'État en 2030 est tout simplement impossible. « Avant 2030, il y a 2027 », sourit Nicolas Cresson. « Avec le RN à l'Élysée, il n'y aura pas de baisse des dotations des communes ».
En janvier pourtant, le parti obtenait une victoire surprise avec l'adoption à l'Assemblée nationale d'un amendement réduisant de 4,9 milliards d'euros la dotation globale de fonctionnement (DGF) versée aux collectivités territoriales lors d'une nouvelle lecture du projet de loi de finances. Le RN justifiait alors cette coupe par sa volonté de « réduire le millefeuille territorial », source de « gabegie » à ses yeux, en supprimant la strate régionale et en ciblant également les intercommunalités (EPCI).
« Cette coupe ne concernait pas les communes », souligne Nicolas Cresson. Le candidat RN estime possible une économie de 500 000 euros par an sur le budget de fonctionnement. À l'issue des sept ans de mandat, il aurait ainsi supprimé 3,5 millions d'euros sur les 14 millions dépensés en 2025.
Moins d'agents, plus d'intelligence artificielle
« Nous ne remplacerons pas tous les départs en retraite des agents municipaux et redistribuerons les tâches de manière optimale », annonce-t-il. L'informaticien entend, en outre, introduire l'intelligence artificielle dans toutes les tâches où cela est techniquement possible. « Les applications sont multiples et permettent des économies substantielles ou des gains significatifs de productivité et d'efficacité. »
Une approche entrepreneuriale
Benjamin Moutet, chef d'entreprise, porte un regard différent sur la question financière. Il ne se demande pas comment dépenser l'argent public, mais dans quel but précis. « Demain, chaque euro va compter », résume-t-il avec pragmatisme. Pour le quadragénaire, chaque dépense de fonctionnement comme d'investissement doit être efficace, parfaitement justifiée et utile à l'intérêt général.
Il prône en outre une transparence absolue. « Dans nos rencontres avec les habitants, nous avons entendu leur colère légitime. Ils ne savent pas à quoi servent réellement leurs impôts et pensent en payer trop. Si l'on veut maintenir ce lien nécessaire de solidarité, il faut expliquer sans cesse et avec clarté ce que l'on fait avec l'argent public. »
Si dans une entreprise privée, les dépenses doivent générer du chiffre d'affaires, pour Benjamin Moutet, celles d'une commune doivent produire du service efficace, du mieux-être collectif ou des recettes supplémentaires. Il n'exclut pas, à ce titre, la monétisation raisonnée de certains bâtiments publics sous-utilisés.
Les élections municipales d'Orthez s'annoncent donc cruciales, avec des candidats aux visions radicalement différentes sur la gestion des finances publiques locales dans un contexte de restrictions budgétaires croissantes.



