Le général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de Terre, a livré une réflexion profonde sur la nature du combat lors d'une intervention devant les élèves de l'École de guerre. Selon lui, « ce n'est pas le sacrifice qui est beau, c'est la victoire ». Cette déclaration, rapportée par Le Point, intervient dans un contexte où les armées françaises sont engagées sur plusieurs théâtres d'opérations.
Une vision pragmatique de l'engagement militaire
Le général Schill a insisté sur l'importance de l'efficacité opérationnelle. Pour lui, la glorification du sacrifice personnel ne doit pas occulter l'objectif final : remporter la bataille. « La beauté du métier des armes ne réside pas dans la mort, mais dans la capacité à imposer sa volonté à l'ennemi », a-t-il souligné. Cette approche tranche avec certaines traditions militaires qui valorisent l'héroïsme jusqu'à la mort.
Le chef d'état-major a également évoqué les défis contemporains : la guerre en Ukraine, la lutte contre le terrorisme au Sahel, et la nécessité de moderniser les forces. Il a rappelé que 77 % des jeunes officiers se disent prêts à se battre pour défendre la France, selon un sondage interne réalisé en 2023.
Une critique des représentations romantiques de la guerre
Le général Schill a dénoncé les représentations idéalisées du combat, véhiculées par certains films ou discours. « La guerre n'est pas un jeu. Chaque mort est une tragédie », a-t-il martelé. Il a appelé à une « lucidité » face aux réalités du champ de bataille, où « la victoire se construit avec des moyens, de la stratégie et du courage, mais pas avec des sacrifices inutiles ».
Cette prise de position a été saluée par plusieurs historiens militaires, qui y voient une rupture avec le « culte du sacrifice » hérité de la Première Guerre mondiale. « Le général Schill remet les pendules à l'heure : l'objectif n'est pas de mourir pour la patrie, mais de faire vivre la patrie en vainquant ses ennemis », a commenté le colonel (ER) Michel Goya, auteur de plusieurs ouvrages sur la stratégie.
Un message pour les jeunes générations
Le général Schill s'adressait en priorité aux futurs chefs militaires. Il les a exhortés à « ne jamais confondre bravoure et inconscience ». Selon lui, la formation doit privilégier la prise de décision éclairée et la maîtrise des technologies. « Nous devons former des officiers capables de gagner des guerres, pas seulement de mourir avec honneur », a-t-il ajouté.
Cette déclaration intervient alors que l'armée de Terre peine à recruter : 15 000 postes restent vacants en 2024. Le général espère que ce discours pragmatique attirera des vocations, en montrant que le métier de soldat est avant tout un métier d'efficacité et de responsabilité.
Une polémique évitée
Certains ont vu dans les propos du général Schill une critique implicite de la tradition des « morts pour la France ». Mais l'entourage du chef d'état-major a tenu à préciser qu'il ne s'agissait pas de manquer de respect aux soldats tombés. « Le général a simplement voulu recentrer le débat sur l'essentiel : la victoire est le seul but de la guerre », a expliqué son porte-parole.
Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a apporté son soutien au général Schill, saluant « une vision claire et nécessaire pour nos armées ». La polémique semble donc écartée, laissant place à une réflexion plus large sur le sens de l'engagement militaire au XXIe siècle.



