Dordogne : un centre médical intercommunal salarie médecins pour lutter contre les déserts médicaux
Dordogne : centre médical intercommunal lutte contre déserts médicaux

Un modèle innovant contre les déserts médicaux en Dordogne

La Communauté de communes des Bastides Dordogne-Périgord a mis en place une solution concrète pour lutter contre la pénurie de médecins en milieu rural. En 2023, l'intercommunalité a créé un centre médical de santé qui emploie, sur trois sites distincts, trois médecins généralistes et une dentiste sous statut salarié.

Monpazier : de la pénurie à l'afflux de patients

Le village touristique de Monpazier, avec ses 450 habitants, a connu une situation critique en 2022. « On s'est retrouvé sans médecins pendant six mois après le départ du dernier généraliste », explique Fabrice Duppi, maire de la commune. Le médecin précédent, pratiquant à l'ancienne avec des disponibilités étendues, avait même laissé des ordonnances à un an en partant.

L'ouverture de la maison médicale en 2023 a créé un véritable engouement. « Ça a été la folie pure quand la maison médicale a ouvert ici. Au bout d'un trimestre, on donnait déjà des rendez-vous à un mois. On a même dû refuser du monde quand j'étais tout seul », témoigne le docteur Jean-Bernard Chapot, 73 ans, arrivé de Saint-Quentin dans l'Aisne.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le salariat comme solution attractive

Le président de la Communauté de communes, Jean-Marc Gouin, a porté ce projet innovant : « J'ai soumis l'idée de créer un centre intercommunal de santé sur le principe que c'est plus facile d'attirer des salariés que des libéraux ». Les élus locaux ont compris que l'exercice de la médecine ne devait plus être un « sacerdoce ».

Le docteur Chapot a accepté de reprendre du service à condition d'être salarié : « Dans le Nord, je travaillais de 6h30 à 23 heures. Mes enfants m'appelaient 'monsieur pas là'. Ici on m'a donné des conditions de travail honnêtes. Le salariat me permet de travailler moins ».

Un investissement intercommunal conséquent

L'intercommunalité, forte de ses 47 communes, a mobilisé sa « puissance de feu » financière :

  • Achat de la maison médicale de Monpazier pour 220 000 euros plus frais
  • Participation des 13 communes de l'ancien canton à hauteur de 10%
  • Ouverture de deux antennes supplémentaires au Buisson-de-Cadouin et à Capdrot
  • Embauche d'une coordinatrice, d'assistantes et d'une secrétaire

Le pari économique semble aujourd'hui gagnant. Après un déficit initial, le centre a enregistré un excédent de 38 000 euros lors de sa troisième année d'exercice, grâce notamment à une subvention de l'agence régionale de santé.

Une nouvelle génération de médecins attirée

Début janvier, l'arrivée du docteur Manon Jante, trentenaire, a donné un nouvel élan à la structure. « Je ne me voyais pas faire du libéral en campagne. C'est le contexte sécurisant en termes d'équilibre entre vie familiale et professionnelle qui m'a plu », confie la jeune généraliste, anciennement en région parisienne.

Cerise sur le gâteau pour le territoire, le compagnon kinésithérapeute du docteur Jante s'apprête à ouvrir un cabinet en libéral à Capdrot, à moins de trois kilomètres de la maison médicale.

Des élus en mode « couteaux suisses »

« On est un peu des couteaux suisses », reconnaît en souriant Fabrice Duppi. Les maires ont dû multiplier les rôles : « Pour trouver les médecins, on a galéré. Avec les maires voisins, il a fallu parfois faire les agents immobiliers et touristiques ».

Ce modèle intercommunal, bien que n'étant pas une invention totale selon ses promoteurs, démontre qu'une approche collective et salariale peut apporter des solutions durables aux déserts médicaux ruraux. La Communauté de communes envisage déjà de nouveaux projets santé, notamment l'accueil de médecins junior via France Santé.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale