Bégaar : la communauté rachète et démolit des maisons en zone inondable
Bégaar : rachat et démolition de maisons inondables

Une stratégie originale face au risque d'inondation

Dans une approche peu courante en France, la communauté de communes du Pays tarusate (CCPT) a mis en œuvre un programme de rachat de maisons situées en zone inondable à Bégaar, avec pour objectif leur démolition. Cette initiative, lancée dans le cadre de la prévention des inondations, a déjà conduit à la destruction de cinq habitations, tandis que cinq autres foyers persistent à refuser de quitter leurs domiciles.

La disparition de la « maison bleue »

Il y avait autrefois, le long de la Midouze à Bégaar, une maison aux volets bleus presque collée à la rivière. Cet hiver, cette « maison bleue » a été rasée. À sa place, ne subsiste qu'un terrain vague couvert de graviers, où toute trace humaine a été effacée. L'espace est désormais rendu à la nature, et aucune reconstruction n'y sera autorisée.

En ce début d'année 2026, une promenade sur le chemin de halage de la route de la Forêt, de Bégaar jusqu'au confluent de la Midouze et de l'Adour, révèle un paysage transformé. Là où plusieurs habitations se dressaient autrefois, perdues dans un cadre naturel exceptionnel entre bois et rivières, seule la maison du Grand Hourquet demeure aujourd'hui, habitée par Mme Ramirez et gardée par deux oies vigilantes.

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Un contexte de prévention des inondations

Retour en 2020 : la compétence Gemapi (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) est confiée aux intercommunalités. Autour de Dax, un Programme d'actions de prévention des inondations (Papi) regroupe 26 communes riveraines de l'Adour, dont Bégaar. L'objectif est de renforcer les digues pour protéger Dax et Saint-Paul-lès-Dax.

À Bégaar, cependant, les digues ne sont pas classées, car elles ne protègent pas suffisamment de personnes. La CCPT a refusé d'instaurer une taxe Gemapi pour l'entretien des zones inondables, qui couvrent un quart du territoire bégaarois, soit 700 hectares. « Nous devons permettre à l'Adour et à la Midouze d'avoir une zone d'expansion de crue », explique Laurent Civel, président de la CCPT. Il s'agit de créer un déversoir pour absorber l'eau en cas de crue majeure.

La mise en place d'une zone d'aménagement différé

En 2021, une rupture de digue (ou « remblais en lit majeur ») a inondé le village. La commune a obtenu l'autorisation de réparer la digue à condition de créer une Association syndicale autorisée (ASA), qui reste en attente de validation préfectorale en 2026.

Dans cette zone, douze maisons sont régulièrement inondées. « La mémoire humaine se perd au fil des générations », constate Laurent Civel. Jean-Pierre Poussard, maire de Bégaar, ajoute : « Nous, les anciens, on est habitués aux crues. Mais les nouveaux habitants ne connaissent pas ces traditions. » Un incident où un père et ses enfants ont failli dériver dans l'Adour lors d'une inondation a accentué les préoccupations.

Pour protéger la population et éviter la dépréciation des biens, la CCPT a instauré une zone d'aménagement différé (ZAD). Les propriétaires désirant vendre doivent s'adresser à l'intercommunalité, qui rachète les maisons au prix du marché pour les démolir. Ce projet, d'un coût de 800 000 euros (dont 300 000 euros financés par la CCPT), a déjà permis de racheter et détruire cinq habitations.

Des réactions contrastées parmi les habitants

Mathieu Dupont, ancien propriétaire de la « maison bleue », a sauté sur l'occasion de vendre. « Ce bord de Midouze était un paradis, mais avec les enfants, je ne pouvais plus supporter ces inondations à répétition », confie-t-il, exprimant sa gratitude envers Laurent Civel.

À l'inverse, certains résidents refusent de partir. Annie Quillon, habitante route de la Midouze, déclare : « Pourquoi partir ? Je suis bien ici ! Quand il y a la crue, je suis sur une île, c'est magnifique. » Ses voisins, Danielle et Jean-Noël Chatelot, partagent cet attachement : « Tout ça, c'est des conneries, on veut pas partir. On est trop bien ici. »

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André Durin, dont la maison est surélevée route de l'Adour, ajoute : « Je suis venu ici pour la solitude et la beauté. Quand tout est inondé, on dirait presque la Guyane. » Pour ces irréductibles, la vie au bord de l'eau reste un long fleuve tranquille, malgré les risques.