La présidence de l'Agglo d'Agen : un enjeu de pouvoir crucial
Alors que se profile le troisième tour des élections municipales, l'élection à la présidence de l'Agglomération d'Agen représente un levier de pouvoir majeur dans l'Agenais. Avec ses 44 communes, ses 100 000 habitants et ses ressources substantielles, l'Agglo d'Agen constitue la collectivité la plus puissante du département du Lot-et-Garonne. La gouvernance de cette structure échappant à Laurent Bruneau, le nouveau maire d'Agen, ferait de ce dernier un roi sans royaume, selon les observateurs politiques locaux.
La détermination affermie de Laurent Bruneau
Le premier édile agenais, qui avait initialement laissé planer un doute sur sa volonté de présider l'Agglo durant les premiers temps de la campagne, a pleinement mesuré dans la dernière ligne droite combien il serait périlleux de laisser cette gouvernance à un autre élu. L'histoire récente offre un précédent instructif : il y a vingt-cinq ans, le maire socialiste Alain Veyret avait cédé la présidence à Jacques Clouché, et cette mésentente avait tourné au fiasco.
En 2026, si un tel scénario venait à se reproduire, les conséquences dépasseraient largement un simple grippage institutionnel. La raison en est structurelle : depuis 2015, les services de l'Agglomération et ceux de la mairie d'Agen, représentant 1100 agents, sont fusionnés en une administration unique. Ainsi, un maire d'Agen privé de la présidence de l'Agglo se retrouverait non seulement sans royaume, mais aussi sans armée administrative.
L'alternative portée par Olivier Grima
Depuis l'élection de Laurent Bruneau, ses opposants, inquiets de sa vision d'une « Agglo de fonctionnement », œuvrent activement à construire une alternative en vue de l'installation du Conseil communautaire prévue le 9 avril. À la tête de cette manœuvre : Olivier Grima, ancien maire de Castelculier et vice-président de l'Agglo chargé des questions économiques, récemment élu sur la liste de Marie-Pierre Battistuzzi.
Cette candidature est prise suffisamment au sérieux pour que Laurent Bruneau ait publié un communiqué officiel ce mercredi 25 mars. Le nouveau maire y évoque un « esprit d'ouverture et de transparence », plaidant pour une approche « gagnant-gagnant » incluant toutes les communes, sans distinction de taille. « Toutes ont un rôle à jouer et des intérêts partagés sur notre bassin de vie », a-t-il déclaré.
Les arguments de la continuité et du coût
Laurent Bruneau insiste particulièrement sur la nécessité de ne pas déstabiliser une organisation administrative qui fonctionne. « Les administrations de la Ville et de l'Agglomération sont mutualisées. Cette organisation est rodée, robuste, elle a fait ses preuves », affirme-t-il. Il met en garde contre les conséquences financières d'un retour en arrière, qu'il estime « extrêmement coûteux, insupportable même, de l'ordre de 10 à 12 millions d'euros sur la durée du mandat ».
Pour autant, le maire d'Agen reconnaît que « la continuité ne doit pas empêcher des améliorations », rejetant toute approche « hégémonique ou verticale » au profit d'une « communauté de projets et d'intérêts communs ». Reste à savoir s'il serait prêt, pour garantir une majorité, à céder des vice-présidences à la droite, comme l'avait fait son prédécesseur Jean Dionis pour la gauche.
Le projet alternatif d'Olivier Grima
De son côté, Olivier Grima se montre serein et assure pouvoir compter sur une majorité des 85 délégués communautaires. « Nous n'avons pas le même projet pour l'Agglo que Laurent Bruneau », affirme-t-il. Il défend le modèle hérité de Jean Dionis : « Jusque-là, l'Agglo a été une Agglo d'investissements, porteuse de grands projets, garantissant une dynamique économique. »
Le candidat opposant, qui connaît « bien les rouages de l'Agglo après deux mandats en tant que vice-président », estime qu'« faire de l'Agglo un outil partisan et politisé ne servirait pas l'intérêt commun ». Quant aux risques pesant sur l'administration commune, il les écarte : « Pour cela, il faudrait qu'il n'y ait pas la volonté de travailler ensemble. Ce n'est pas ce qui m'anime. »
Un troisième homme dans l'ombre
Alors que les téléphones des maires de l'Agglo vont continuer à sonner jusqu'au 9 avril, un troisième acteur pourrait émerger : Bruno Dubos, maire de Foulayronnes et élu MoDem. Actif bien avant les élections, ce dernier n'a cependant pas que des amis au sein de la collectivité, ce qui complique ses ambitions.
Olivier Grima a annoncé qu'il rencontrerait Laurent Bruneau avant la date cruciale du 9 avril. Cette élection déterminera non seulement la gouvernance de l'Agglomération d'Agen, mais aussi l'équilibre des pouvoirs dans tout le Lot-et-Garonne pour les années à venir.



