Le conseil municipal de Saint-Raphaël a été le théâtre d'un vif échange ce lundi 29 juin 2026, opposant le maire Frédéric Masquelier à l'élue d'opposition Emmanuelle Cocusse, fraîchement nommée inspectrice de l'Éducation nationale pour la circonscription de Fréjus - Saint-Raphaël. Cette nomination a suscité l'opposition du premier magistrat, qui a saisi le préfet et le directeur académique pour contester la décision.
Une prise de parole émouvante d'Emmanuelle Cocusse
Dès l'ouverture de la séance, Emmanuelle Cocusse, élue de la liste Ma ville ma planète, a demandé une brève intervention. La voix chevrotante, elle a dénoncé un « abus de pouvoir » de la part du maire. « Messieurs et mesdames les conseillers municipaux, vous avez pris connaissance par l'article de Var-matin des démarches entreprises par Monsieur le maire auprès de Monsieur le préfet afin de s'opposer à ma nomination sur notre territoire. Cette nomination, je l'ai obtenue dans un cadre réglementaire et en plein respect de mes obligations », a-t-elle déclaré.
Elle a également souligné sa carrière exemplaire : « J'ai été enseignante, directrice d'école, conseillère pédagogique et mon ministre m'a accordé l'Ordre du mérite pour la qualité de mon service. » Elle a ajouté que sa mutation lui permettrait de revenir vivre chez elle avec sa mère de 90 ans en perte d'autonomie. « L'ironie c'est que Monsieur Masquelier m'a reproché d'être ici devenue une touriste car l'état m'avait mutée à Gap. Aujourd'hui l'État me permet de revenir chez moi et il déploie tous les moyens pour m'en empêcher », a-t-elle poursuivi.
Des accusations de mise sous pression
Emmanuelle Cocusse a également évoqué un climat de pression dans la commune : « Dans cette commune toute personne qui émet un avis différent est mise sous pression, attaquée, diffamée. On se souvient de Madame Jeanperrin issue de vos propres rangs, du médecin lanceur d'alerte, de l'avocat élu d'opposition dans la ville voisine où de la journaliste [du Canard Enchaîné Ndlr]. Je suis fatiguée de tout cela et je ne me sens pas de participer à cette mascarade. » Après ces mots, elle a quitté la salle, suivie de son colistier Guillaume Ollier.
Ce dernier a pris à partie les conseillers municipaux : « Face à une injustice, un abus de pouvoir, une mauvaise action, nous avons toujours le choix. La lâcheté, ou savoir dire non. J'ai honte pour vous. »
La réponse du maire Frédéric Masquelier
Le maire a répondu avec ironie : « S'il y en a d'autres qui veulent partir, vous pouvez… ça permettra d'avancer dans les débats. » Il a justifié son opposition à la nomination en invoquant le devoir de neutralité des fonctionnaires. « Tout ce que nous avons fait c'est nous interroger auprès du préfet et du directeur d'académie sur cette nomination de Madame Cocusse qui avait pris des positions claires d'opposition à la politique éducative de la Ville. Comparant notamment les mesures mises en place dans les centres de loisirs [le salut aux couleurs Ndlr] avec le régime de Vichy et la Révolution nationale », a-t-il expliqué.
Il a ajouté : « Comment une personne avec des positions très affirmées attaquant systématiquement la municipalité peut respecter le devoir de neutralité du fonctionnaire ? Donc j'ai effectivement interrogé le directeur de l'académie, le préfet, la rectrice. Et j'ai noté que cette dernière a d'ailleurs elle-même saisi le conseil de déontologie de l'éducation nationale. »
Des précédents et des recours possibles
Frédéric Masquelier a souligné le caractère inédit de la situation : « Il n'y a pas de précédent comme celui-là avec un engagement politique marqué et une demande d'être nommé dans la commune dans laquelle on a des fonctions d'élu. » Il a également évoqué la possibilité d'un recours judiciaire : « Le cas échéant je vous proposerais de faire un recours puisque les tribunaux sont faits pour arbitrer ce type de différends. »
Olivier Spinnhirny, adjoint délégué à la citoyenneté, a conclu : « Je ne pense pas être dans le camp de la honte. La honte est plutôt dans le camp de nos opposants Ma ville ma planète qui offre un spectacle bien pitoyable et refuse le débat. »



