À quelques jours d’une décision judiciaire qui pourrait sceller l’avenir politique de Marine Le Pen, le Rassemblement national (RN) donne le spectacle d’une formation en pleine déroute. Le parti, qui espérait un sursis dans l’affaire des assistants parlementaires européens, accumule les maladresses et les contradictions, alimentant le trouble chez ses cadres et ses militants.
Un appel décisif dans l’affaire des assistants parlementaires
Le 31 mars 2025, Marine Le Pen a été condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, une peine qui la priverait de toute candidature à la présidentielle de 2027 si elle était confirmée en appel. La décision de la cour d’appel, attendue pour le 30 juin 2026, est cruciale : elle pourrait soit confirmer la peine, soit l’annuler ou la réduire. Selon une source proche du dossier, « l’exécution provisoire rend la situation particulièrement tendue, car elle s’applique immédiatement, quel que soit l’appel ».
Le RN a multiplié les déclarations contradictoires sur la stratégie à adopter. Le 28 juin, le vice-président du parti, Sébastien Chenu, a affirmé sur France Info que « Marine Le Pen est confiante et prépare déjà sa campagne ». Mais le lendemain, le député RN Jean-Philippe Tanguy a déclaré à l’AFP : « Nous sommes dans l’expectative, tout peut basculer. » Cette cacophonie a été vivement critiquée par l’opposition, qui y voit un signe de « panique ».
Des couacs en série qui fragilisent le parti
Les erreurs ne se limitent pas aux déclarations. Le 25 juin, le RN a diffusé par erreur un communiqué annonçant le ralliement d’un maire socialiste, avant de le retirer précipitamment. « C’est une faute professionnelle inexcusable », a commenté un cadre du parti sous couvert d’anonymat. Par ailleurs, trois députés RN ont déposé le même amendement sur une proposition de loi, sans coordination, ce qui a provoqué l’hilarité dans l’hémicycle.
Selon un sondage Elabe publié le 29 juin, 62 % des Français jugent que le RN « n’est pas prêt à gouverner », un chiffre en hausse de 8 points depuis la condamnation de Marine Le Pen. Ce résultat inquiète les stratèges du parti, qui redoutent un effet boule de neige sur les législatives à venir.
Les divisions internes s’accentuent
La perspective d’une inéligibilité définitive de Marine Le Pen exacerbe les tensions entre les différents courants du RN. Jordan Bardella, président du parti, tente de maintenir l’unité, mais ses relations avec Le Pen se seraient tendues. « Jordan veut prendre les rênes, mais Marine ne lâche rien », confie un conseiller. Le 27 juin, Bardella a dû démentir une rumeur de départ de plusieurs cadres vers le parti d’Éric Zemmour, une information que ce dernier a qualifiée de « fantasme ».
L’entourage de Marine Le Pen minimise ces difficultés. « Ce sont des chamailleries de pré-campagne, rien de grave », assure un proche. Pourtant, l’imminence du verdict d’appel rend chaque faux pas plus coûteux. Si la condamnation est confirmée, le RN devra trouver un candidat de substitution en urgence, ce qui pourrait provoquer une guerre de succession ouverte.
L’impact sur l’électorat et les alliés
Les couacs du RN pourraient affecter sa crédibilité auprès de ses alliés potentiels. Marine Le Pen cherche à élargir sa base en vue de 2027, mais les divisions internes et l’incertitude judiciaire freinent les ralliements. « Sans Le Pen, le RN perd son leadership naturel », analyse le politologue Jean-Yves Camus. « Les autres partis d’extrême droite, comme Reconquête!, pourraient en profiter pour capter une partie de l’électorat. »
Un récent sondage Ifop montre que 58 % des électeurs RN se disent « inquiets » de l’avenir du parti, contre 45 % en mars. La base militante, elle, reste fidèle, mais exprime son impatience. « On a besoin de clarté et de discipline », a déclaré une responsable locale lors d’une réunion à Nice, le 29 juin.
Vers un nouveau rebondissement judiciaire ?
L’affaire des assistants parlementaires n’est pas la seule épée de Damoclès. Marine Le Pen est également visée par une enquête préliminaire sur le financement de sa campagne de 2022. Selon Mediapart, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire le 15 juin pour « abus de confiance » et « escroquerie ». Le RN dénonce une « machination politique », mais ces révélations ajoutent à la pression.
Le 30 juin, la cour d’appel rendra son verdict. En attendant, le RN tente de garder la face, mais les couacs s’enchaînent. « Nous sommes en train de payer le prix de l’improvisation », résume un député RN. Le parti, qui espérait incarner une alternative crédible, donne l’image d’une machine grippée à un moment décisif.



