Le procès Dati, l'épée de Damoclès qui plane sur la campagne municipale parisienne
La stratégie est claire : ne surtout pas en parler. Détourner le regard, hausser les épaules, invoquer le statut de magistrate et dénoncer les « élucubrations nauséabondes » des adversaires. Pourtant, malgré les consignes de silence, une question revient imperturbablement dans les conversations des électeurs parisiens, particulièrement ceux enclins à voter à droite : « Qu'allez-vous faire si elle est jugée inéligible ? ».
Un procès qui concentre les regards internationaux
Du 16 au 28 septembre prochain, Paris sera sous les projecteurs de la presse internationale pour le procès de Rachida Dati. L'ancienne ministre de la Culture d'Emmanuel Macron, aujourd'hui candidate des Républicains à la mairie de Paris, devra répondre de chefs d'accusation graves : recel d'abus de pouvoir, abus de confiance, corruption et trafic d'influence passifs dans l'affaire Renault.
À 59 ans, elle est soupçonnée d'avoir perçu 900 000 euros de la direction du constructeur automobile sans justificatifs probants, alors qu'elle était députée européenne et que son ami, Carlos Ghosn, en était le PDG. Ce dernier, aujourd'hui en fuite au Liban, laisse l'ancienne Garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy affronter seule la justice, même si elle bénéficie bien sûr de la présomption d'innocence.
La diversion comme stratégie de campagne
Sur le terrain, les militants LR ont reçu pour consigne de jouer l'indignation et d'attaquer frontalement le Parti socialiste sur le scandale des abus dans le milieu périscolaire parisien. Faire diversion devient la règle d'or. Pourtant, comme un boomerang, le sujet du procès revient inlassablement.
Dans le secret des arrière-salles, les militants avouent leur inquiétude grandissante face aux dégâts potentiels. Ils évoquent ouvertement la possibilité d'un « quatrième tour cauchemardesque » si leur candidate l'emporte dimanche mais se retrouve inéligible quelques semaines plus tard, sur le modèle de Marine Le Pen.
Anticiper tous les scénarios, même les plus noirs
La question se pose à voix basse : qui pourrait succéder à Rachida Dati si elle était condamnée à une inéligibilité avec exécution provisoire ? L'examen de la liste des candidats au Conseil de Paris révèle des complications majeures :
- Sylvain Maillard, numéro 2, est un macroniste historique, ce qui le rend inacceptable pour LR
- Maud Gatel, numéro 3, fidèle de François Bayrou et dirigeante du MoDem, représente un parti trop faible sur Paris
- Agnès Evren, numéro 4, porte-parole des Républicains et sénatrice de Paris, pourrait peut-être provoquer un consensus
Tous refusent officiellement d'évoquer ce scénario catastrophe, mais ils y pensent fortement. D'autant que rien ne garantit la clémence des juges envers celle qui ne les avait pas épargnés lorsqu'elle était ministre de la Justice.
Un été interminable en perspective
En politique, il faut toujours anticiper tous les scénarios, même les plus dévastateurs. En privé, certains osent pronostiquer un départ anticipé de leur championne, évoquant la brutalité de leur candidate. « Silence dans les rangs ! » reste la consigne, mais l'inquiétude est palpable.
Si Rachida Dati l'emporte ce dimanche, l'été s'annonce interminable pour ceux qui attendent sa chute. Ses partisans répondent avec pragmatisme : « D'abord gagner, battre la gauche. La suite est une autre histoire… ». Mais cette autre histoire, avec son procès en septembre, pourrait bien bouleverser complètement l'échiquier politique parisien.



