Un sondage prémonitoire dans la cité des Ducs
Le 2 mars, à moins de deux semaines du premier tour des élections municipales, le magazine Le Point publiait sur son site un sondage Odoxa commandé par le candidat Les Républicains (LR) Foulques Chombart de Lauwe. Les résultats étaient édifiants : le nouveau leader de la droite nantaise, allié au centre, était crédité de 34 % des intentions de vote dans cette citadelle dirigée par le Parti socialiste (PS) depuis 1989, tandis que la maire sortante Johanna Rolland récoltait 35 %. Un véritable coup de tonnerre dans la cité des Ducs, où cette enquête a immédiatement suscité le sarcasme à gauche, la numéro deux du PS et ses soutiens allant jusqu'à mettre en doute les conclusions sur les réseaux sociaux.
La précision remarquable des prévisions
Force est pourtant de constater que, si les sondages se trompent régulièrement, Odoxa avait cette fois-ci mis dans le mille. Au premier tour, le dimanche 15 mars, le candidat de la droite et du centre a rassemblé 33,77 % des suffrages exprimés, juste derrière sa rivale du PS à 35,24 % ; seules 1 784 voix les séparaient donc. Quant au candidat La France insoumise (LFI) William Aucant, qu'Odoxa pronostiquait à 12,5 %, il s'est qualifié pour le second tour avec 11,2 % des voix.
L'accord technique avec LFI au cœur des débats
Loin de nous l'idée d'entonner le refrain revanchard du « qui avait raison ? ». Car le plus instructif se situe ailleurs : dans ses hypothèses pour le second tour de ce dimanche 22 mars, l'institut envisageait un duel entre Chombart de Lauwe et Rolland, où le premier était crédité de 46 % et la sortante de 54 %. À ceci près qu'il n'était fait nulle part mention d'un possible accord entre la numéro deux du PS et LFI, paraphé dès le lendemain du premier tour. Tout l'enjeu du second tour nantais est là : comment les électeurs, à gauche surtout, réagiront-ils à ce que le candidat LR appelle « l'accord de la honte » ? « Ça se jouera à quelques centaines de voix », évalue-t-il avec précision.
Une campagne marquée par les accusations
« En démocratie, on ne choisit pas son opposition. On n'est pas au Venezuela, on n'est pas chez Maduro », accusait, ces derniers jours, le candidat LR lors de son ultime débat avec Johanna Rolland sur les antennes d'Ici Loire Océan. « Les Nantaises et les Nantais ne m'auraient pas pardonné de voir Nantes basculer à droite, alors j'ai pris mes responsabilités », rétorquait aussitôt la maire sortante, défendant son alliance technique avec les insoumis.
Chombart de Lauwe, chasseur de têtes de profession après quinze ans passés à l'Agence française de développement, semble avoir quasiment fait le plein des voix de la droite et du centre. Il peut encore mobiliser des abstentionnistes, mais la participation a été particulièrement soutenue au premier tour dans cette ville à fort enjeu, avec plus de 60 % des électeurs inscrits qui se sont déplacés.
Les fractures au sein de la gauche nantaise
Dans la gauche nantaise, l'union avec LFI n'est pas passée sans heurts. Bassem Asseh, premier adjoint de Johanna Rolland, a annoncé qu'il ne figurerait pas sur la liste fusionnée, déclarant sur les réseaux sociaux : « Je sais que beaucoup d'entre vous seront déçus par ce message. Certains se sentiront même trahis. Je le comprends, et j'aurai l'occasion de m'en expliquer. » Quant au Parti radical de gauche (PRG) et à Place publique, la formation de Raphaël Glucksmann, ils ont retiré leur soutien à la liste d'union Rolland-LFI.
Le profil libéral de Chombart de Lauwe
Chombart de Lauwe mise sur son profil de droite libérale, plus proche d'un David Lisnard – il est encarté Nouvelle Énergie – que d'un Bruno Retailleau. Soutenu par le parti macroniste Renaissance, Horizons, le MoDem, l'UDI et le parti breton, il a constitué un ticket avec l'ex-ministre et haute-commissaire à l'Enfance Sarah El Haïry, centriste proche de François Bayrou, qui répète qu'elle n'aurait jamais rejoint un candidat aux positions conservatrices.
Une équation électorale complexe
Arithmétiquement parlant, l'équation demeure des plus complexes : le candidat LFI William Aucant a réuni, au premier tour, 13 542 voix, qui devraient logiquement s'ajouter aux 42 599 de Johanna Rolland. Dans l'entre-deux-tours, Chombart de Lauwe n'est pas parvenu à arracher le soutien de l'ex-député macroniste Mounir Belhamiti, qui avait convaincu au premier tour quelque 9 800 électeurs.
L'intervention de Jean-Marc Ayrault
Ces dernières heures, Chombart de Lauwe en a appelé à une haute personnalité nantaise : Jean-Marc Ayrault, ancien mentor de Johanna Rolland, social-démocrate revendiqué, qui a dirigé la cité des Ducs de 1989 à 2012 et qui fut le Premier ministre de François Hollande. Sortant de son silence, celui-ci a sobrement appelé, ce vendredi, à voter pour la maire sortante en dénonçant une droite nantaise qui « n'a pas changé » et qu'il a « toujours combattue », mais sans dire un mot de l'alliance avec LFI.
Cette intervention a immédiatement suscité une réaction de Foulques Chombart de Lauwe : « Serez-vous complice de l'entrée des extrémistes de LFI au conseil municipal de Nantes ? » Une question qui résume les tensions de cette campagne particulièrement animée.
Les enjeux d'une élection historique
Dans cette ville de l'Ouest dirigée par le PS depuis trente-sept ans, les chances de renverser la table semblent minces mais réelles. Au siège parisien de LR, peu osent croire à ce qui serait un tremblement de terre et une conquête de choix pour cette famille politique évincée des grandes métropoles. « On a l'habitude », sourit un soutien de Chombart de Lauwe, qui a l'art de se faufiler dans les trous de souris.
Parti en campagne à la surprise générale dès octobre 2023, au nez et à la barbe de son propre camp pour, proclamait-il, « virer Johanna Rolland », il avait été exclu dans la foulée du groupe d'opposition à la mairie. Fin août, il remportait, à la surprise générale, la primaire organisée, à sa demande, par Les Républicains pour désigner leur candidat à Nantes. Longtemps, Bruno Retailleau lui-même n'a pas cru en ses chances de percer.
La politique est d'abord une affaire de dynamique, et ces dernières heures ont montré que chaque voix comptera dans ce duel serré qui oppose deux visions de Nantes et de son avenir.



