Élections municipales en Sud-Gironde : des campagnes virulentes laissent des traces
Les trois seules communes du territoire à voter pour le second tour des élections municipales, dimanche 22 mars, figuraient également parmi celles où la campagne électorale s'est révélée la plus virulente et la plus tendue. Cette parenthèse électorale particulièrement acerbe devra être digérée par les élus pour mener à bien le prochain mandat municipal.
« Il était temps que ça se termine », a soufflé l'une des colistières de Pierre Ribeaut, tête de liste Nouvelle vague à Cadillac. Cette phrase résume parfaitement le sentiment partagé par les habitants et candidats des trois communes de Sud-Gironde appelées aux urnes. Pierre Ribeaut lui-même le professe : le dénouement de ces campagnes électorales particulièrement tendues devrait laisser des traces durables dans la vie politique locale.
Cadillac : victoire nette et tensions persistantes
Dans la plus importante des trois communes, la victoire de Corinne Laulan s'est avérée nette et sans appel. Elle a rassemblé 43,80% des suffrages, soit 449 voix et 17 sièges au conseil municipal. Pierre Ribeaut a obtenu 35,22% avec 361 voix et 4 sièges, tandis que Cyril Deyts a recueilli 20,97% des voix, correspondant à 205 bulletins et 2 sièges.
Lors de la proclamation des résultats dans la salle du conseil municipal, Corinne Laulan, première adjointe adoubée par le maire sortant Jocelyn Doré, a consacré une partie de son premier discours aux tensions qui ont marqué la campagne. « J'espère que certaines piques mensongères vont s'effacer », a-t-elle lancé, recevant des applaudissements, y compris de la part de son adversaire Pierre Ribeaut.
La nouvelle élue a promis de « faire table rase » et appelé à la loyauté et au respect mutuel. Elle a également réagi aux accusations portées contre elle pendant la campagne : « Il y a eu des propos très mensongers », a-t-elle estimé, se disant « presque » dépeinte en despote. « Je ne comprends pas que l'on puisse désinformer les citoyens comme ça ».
Pierre Ribeaut, pour sa part, reconnaît « des caricatures » diffusées sur les réseaux sociaux, mais affirme qu'elles n'émanaient pas de sa volonté. Quelques jours avant le scrutin, il justifiait sur Facebook sa décision de monter une liste avec cinq autres élus de la majorité sortante par « un manque de lisibilité dans les orientations prises » par la municipalité et des décisions « sans cohérence ».
Corinne Laulan a annoncé que sa priorité pour son premier mandat serait d'aller à la rencontre des habitants via des cafés et réunions de quartier pour « parler de leurs problèmes ». Concernant l'ambiance au sein du futur conseil municipal, elle a déclaré : « Je pense que l'on va vite régler les différends », tout en précisant : « On posera nos conditions. S'il y a du respect, très bien. S'il y a de l'animosité, on en prendra acte ».
Barsac : une revanche annoncée et un possible recours
À Barsac, le maire sortant Dominique Cavaillols s'est dit heureux de sa victoire « par rapport à tous ceux qui voulaient [sa] mort ». Là aussi, la campagne électorale a profondément marqué les candidats, et l'amertume reste palpable malgré les résultats.
Les équilibres électoraux sont restés proches de ceux du premier tour avec 44,64% pour le maire sortant (466 voix, 14 sièges), 36,78% pour Michel Garat (384 voix, 3 sièges) et 18,58% pour Patrick Graszk (194 voix, 2 sièges).
Le maire réélu a particulièrement en ligne de mire son premier poursuivant, Michel Garat, qui a bénéficié du soutien offensif de Philippe Meynard, l'ancien maire dont Dominique Cavaillols fut le premier adjoint. « Il m'a apporté son soutien mais on n'a jamais repris aucune de ses publications », se défend Michel Garat, qui condamne davantage la forme que le fond des interventions de Philippe Meynard.
« Il n'y a pas de vengeance, il n'y a que de la revanche », promet Dominique Cavaillols, qui prévoit d'en prendre une première lors du conseil municipal d'installation. Il assure cependant : « Il n'y aura pas de conflit si on ne me cherche pas ». Un apaisement mesuré, alors que Michel Garat s'attend à une ambiance « rock'n'roll » pour la mandature à venir.
Michel Garat, qui dénonce « une instrumentalisation de la troisième liste pour [les] empêcher de gagner », n'exclut « absolument pas » la possibilité d'un recours. « Il y a eu trop de choses pour laisser passer », justifie-t-il.
Paillet : une victoire accentuée et des tensions communales
Avec à peine 1 200 habitants pour trois listes en présence, Paillet était particulièrement divisé. Au second tour, Fabienne Hurmic a accentué son avance en réunissant 47,40% des suffrages (283 voix, 12 sièges), soit 5 points de mieux qu'au premier tour.
Arrivée en deuxième position, Dominique Castet, une autre ancienne adjointe dans cette commune où le maire ne se représentait pas, a recueilli 32,83% des suffrages (196 voix, 2 sièges) avec sa liste Paillet un élan collectif. Serge Arnaud, figure locale, a terminé troisième avec 19,77% des voix (118 voix, 1 siège), perdant 5 points par rapport au premier tour.
Au lendemain de la victoire, un post Facebook de la liste gagnante traduisait l'esprit de revanche qui parcourt la commune : « Nous condamnons toute pratique de dépôt de vestes ou autre devant les candidats non élus ». La suite du message mériterait de remonter le courant et de se répandre le long de la Garonne : « Restons tranquilles, merci ».
Ces élections municipales en Sud-Gironde ont donc confirmé les équilibres politiques établis au premier tour, mais elles ont surtout révélé des fractures profondes et des tensions persistantes qui devront être surmontées pour le bon fonctionnement des institutions locales durant le prochain mandat.



