Municipales : les victoires trompe-l'œil de Renaissance et l'ancrage local problématique du macronisme
Municipales : les victoires trompe-l'œil de Renaissance

Municipales : les succès affichés de Renaissance masquent une réalité plus complexe

Au lendemain du premier tour des élections municipales, Gabriel Attal a tenté de présenter un bilan positif pour son parti. « Nous avons franchi pour la première fois la barre des 100 maires Renaissance élus dès le premier tour », a souligné le secrétaire général du mouvement présidentiel, citant notamment les exemples de Franck Riester à Coulommiers et Jean-Charles Orsucci à Bonifacio. Cependant, ces annonces de victoires méritent d'être nuancées à l'aune d'une analyse plus approfondie de la situation réelle du parti sur le terrain.

Un ancrage local qui reste fragile et limité

Renaissance, qui s'est relativement peu investi dans ces élections locales avec seulement 360 têtes de liste, a communiqué avec parcimonie sur ses résultats électoraux. La raison en est simple : ces succès se concentrent essentiellement sur des villes de moins de 20 000 habitants, où les listes étaient fréquemment uniques. Le parti présidentiel, force est de constater, ne parvient pas à s'implanter durablement dans les territoires. Même s'il parvient à conquérir des villes comme Bordeaux et Annecy lors du second tour, des inquiétudes persistent quant à son avenir, notamment en vue de la prochaine élection présidentielle qui se déroulera sans son fondateur historique, Emmanuel Macron.

L'analyse d'un expert sur les fragilités structurelles

Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, analyse pour Le Point les difficultés persistantes du mouvement présidentiel. « D'abord, il faut attendre le deuxième tour avant d'avoir une réponse complète », précise-t-il. « Si Renaissance gagne Bordeaux, ce sera un événement important pour le parti et pour la stratégie d'affirmation de Gabriel Attal. Mais avoir 130 mairies, c'est bien, cependant il y a 35 000 communes en France. Renaissance ne vient pas de passer un cap important dans l'un de ses problèmes fondamentaux : son ancrage local. »

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Les difficultés de Renaissance à s'enraciner localement s'expliquent par plusieurs facteurs. Le mouvement, créé en juin 2016, n'a même pas dix ans d'existence. De plus, il n'a pas été conçu initialement par Emmanuel Macron comme une structure devant se structurer localement. Ce n'est qu'après plusieurs années que cette question est devenue une préoccupation. Le parti se trouve aujourd'hui dans une phase de transition incertaine, devant à la fois anticiper la fin du mandat présidentiel d'Emmanuel Macron et affirmer une identité spécifique en dehors de lui.

La dépendance problématique à la figure d'Emmanuel Macron

Le macronisme a indéniablement trop dépendu de la figure de son fondateur. Ce mouvement politique, à la fois original et problématique, ne s'ancre pas dans un véritable corpus idéologique. Dix ans après sa création, on ne sait toujours pas précisément ce qu'est le macronisme. Pour une organisation politique, cette difficulté à être facilement classée dans un courant idéologique la rend très dépendante de son leadership et de son incarnation. Dès que le leader devient moins populaire – ce qui est le cas d'Emmanuel Macron –, le parti éprouve des difficultés à recruter de nouveaux adhérents et à s'implanter durablement.

Le défi pour Gabriel Attal est considérable : maintenir l'idée d'une incarnation originale dans la vie politique française, préserver le cœur du message macroniste initial – à savoir que c'est dans le dépassement des blocages idéologiques qu'on peut faire bouger la France dans le bon sens – tout en réfléchissant au rôle présidentiel par rapport au Parlement et aux collectivités.

Les conséquences concrètes sur le terrain électoral

Pour exister dans une élection municipale, le capital politique local, la notoriété, la prime au sortant et l'ancrage dans les réseaux associatifs locaux sont des éléments déterminants. Or, Renaissance est un parti politique qui a vu son nombre d'adhérents divisé par dix. Lors de sa création après l'élection présidentielle de 2017, il comptait un peu plus de 350 000 adhérents. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 33 000. Cette chute a évidemment des conséquences majeures au niveau des élections locales : ce qui compte, c'est d'avoir des militants qui, sur le terrain, font campagne et activent des réseaux.

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Le manque de lisibilité politique dans les élections locales

Quand on examine les programmes des candidats aux municipales, on observe de réelles différences idéologiques. Même si tous mettent en avant leur attachement à leur ville, les mots ne sont pas les mêmes. Certains insistent davantage sur la sécurité, d'autres sur la lutte contre les injustices ou contre le réchauffement climatique. Pour une formation politique comme Renaissance, conquérir de nouveaux électeurs alors qu'on s'approche de la fin du macronisme – au sens du macronisme d'Emmanuel Macron – n'est pas une tâche aisée.

La nécessaire construction d'un corpus idéologique pour l'avenir

Gabriel Attal semble conscient de cet enjeu. Il a fermement défendu des positions favorisant le rétablissement de l'autorité républicaine avec des formules comme « Tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies ». Il veut incarner une forme de restauration du sens public, autour du contrat entre les gouvernants et les gouvernés. On perçoit une volonté d'inscrire dans l'opinion l'idée qu'il est celui qui va défendre ce principe de retour des relations entre droits et devoirs des citoyens.

Mais est-ce suffisant pour constituer un véritable corpus idéologique ? Quand la gauche se présente aux élections, tout le monde dit : la gauche, c'est la justice sociale. La droite, c'est l'économie avec moins de contraintes. Le Rassemblement national, tout le monde dit : ils sont contre l'immigration. En revanche, pour le parti macroniste, tout devient plus compliqué. C'est à la fois un peu à gauche et un peu à droite, mais cette position est plus difficile à rendre facilement audible et lisible, d'autant qu'il y a dix ans de macronisme qui ont voulu incarner cette approche.

L'importance cruciale de l'ancrage local pour réussir nationalement

La bonne combinaison pour réussir nationalement, c'est d'avoir un ancrage local à au moins deux niveaux : des maires de villes moyennes ou de grandes villes, et des députés dans les mêmes départements. C'est un capital électoral très précieux qui permet de faire campagne présidentielle dans de très bonnes conditions. Cela permet à un candidat de se déplacer et produit des images avec des élus locaux, un atout considérable en termes de communication politique.

Emmanuel Macron, quand il a fondé En marche, bénéficiait d'un soutien très important de grands élus locaux socialistes comme Richard Ferrand et Gérard Collomb. Ces grands élus socialistes ont rapidement montré qu'ils entretenaient de bons rapports avec lui, ce qui a été primordial pour mettre en œuvre une machine à gagner pendant la campagne présidentielle.

Les risques pour Gabriel Attal en vue de la présidentielle

Cette quasi-invisibilisation municipale pourrait coûter cher à Gabriel Attal en vue de l'élection présidentielle. Tout va dépendre de l'offre de candidature au centre et au centre droit, du nombre de candidats. Normalement, Édouard Philippe devrait être réélu dimanche et sera donc candidat à la présidentielle. Il y a aussi la certitude de la candidature Retailleau pour le parti LR. Le premier handicap que pourrait avoir Gabriel Attal pour l'élection présidentielle, c'est le nombre de candidats dans ce qui a été le socle commun du macronisme.

Ne pas avoir des bataillons de militants sur le terrain et des élus locaux prêts à se mobiliser pour faire campagne est une ressource qui manquera à Renaissance. Cela dit, le parti reste une machine politique qui dispose de nombreuses ressources, liées à son nombre de députés en 2017, en 2022 et même en 2024. Il a largement les moyens de faire une belle campagne présidentielle, mais devra surmonter ses fragilités structurelles pour espérer se maintenir au pouvoir.