Forcément, le qualificatif n’allait pas passer inaperçu. En dressant, vendredi 10 juillet 2026, le bilan de ses cent premiers jours, Alexandra Masson avait décrit une opposition municipale « extrêmement virulente », attribuant en partie cette attitude à la frustration de la défaite électorale. Les observateurs de la vie politique locale auront remarqué une certaine tension lors des échanges entre majorité et opposition durant les conseils municipaux. Une étape a été franchie pendant la dernière assemblée délibérante lorsque la maire Alexandra Masson avait qualifié de « minable » son opposant Loïc Grenard (groupe Nouvel Elan pour Menton) à l’occasion de sa prise de parole sur les indemnités des élus. Il était donc presque naturel que les groupes d’opposition réagissent aux propos d’Alexandra Masson, chacun avec sa propre tonalité.
Renouveau Mentonnais : un soutien sélectif mais une vigilance de rigueur
Pour Louis Sarkozy, représentant le Renouveau Mentonnais, la description ne correspond « ni à l’état d’esprit ni à la pratique » de son groupe. Il revendique au contraire des soutiens attribués à plusieurs dossiers portés par la majorité et mentionnés durant la conférence de presse de la maire : la climatisation des écoles, jugée essentielle sur un territoire exposé aux fortes chaleurs, la réouverture programmée du musée Jean Cocteau, ou encore le choix d’une modification plutôt que d’une révision du plan local d’urbanisme. Le Renouveau Mentonnais se dit également favorable au renforcement de la vidéoprotection et à la création d’îlots de fraîcheur. Louis Sarkozy illustre cette posture par l’épisode des conseils de quartier : une contradiction relevée par son groupe entre deux articles du futur règlement intérieur aurait été reconnue par la maire elle-même, qui les aurait invités à formuler des propositions. Le groupe maintient toutefois son opposition à la revalorisation des indemnités des élus, qu’il juge inopportune compte tenu de la situation financière de la commune, et affiche sa vigilance sur l’équilibre entre protection du logement et respect du droit de propriété dans le cadre de la loi Le Meur. « Notre ligne est simple et constante : nous votons ce qui nous paraît bon pour Menton », résume-t-il.
Nouvel Élan pour Menton : une méthode contestée
Le ton est sensiblement différent du côté de Cédric Monteiro, chef de file du Nouvel Élan pour Menton depuis le départ de Sandra Paire pour le Sénat. S’il reconnaît qu’il est « encore trop tôt pour dresser un bilan définitif » et dit attendre les conclusions des audits annoncés, l’élu dénonce un « fonctionnement très vertical », marqué selon lui par la suppression des commissions de travail et la réduction des temps de parole accordés à l’opposition. Le groupe pointe surtout un décalage, selon lui, entre les annonces et les décisions budgétaires prises en début de mandat : l’enveloppe des indemnités des élus serait passée d’environ 220 000 à plus de 500 000 euros par an, complétée par la création d’une enveloppe de frais de représentation de 15 000 euros, le financement d’un nouveau véhicule et de travaux dans le bureau de la maire, ainsi que la création de trois postes d’adjoints supplémentaires. Sur le fond, Cédric Monteiro dit partager plusieurs objectifs de la majorité — recrutement de policiers municipaux, réouverture du musée Cocteau, candidature Unesco des jardins mentonnais — mais réclame des calendriers précis plutôt que des annonces. « Annoncer des recrutements ne suffit pas si, dans le même temps, plusieurs agents quittent le service. Ce qui compte, ce n’est pas le nombre d’annonces, mais l’évolution réelle des effectifs. Même constat concernant les 23 nouvelles caméras de vidéoprotection annoncées dans les cent premiers jours. À ce jour, elles ne sont toujours pas installées et leur mise en service est désormais annoncée pour la fin de l’année. Là encore, il existe un décalage entre les annonces et leur concrétisation. »
Menton en Action : un retour à la réalité à venir ?
Le leader de Menton en Action, Florent Champion, adopte le ton le plus offensif des trois oppositions. Il dénonce une « saturation » de la communication municipale. « À l’instar de Martine, ils peuvent également suivre ses aventures aux platines d’un DJ ou parmi les bouées gonflables en forme de flamant rose. “Trèfle” de plaisanterie, comme le dirait Jordan Bardella : après le temps de la campagne municipale devrait enfin venir le temps de la gestion », tance Florent Champion. Sur le fond, l’élu conteste la soutenabilité financière des grands projets annoncés : réouverture du musée Cocteau et du palais Carnolès, candidature Unesco des jardins mentonnais. Autant de projets « pas en adéquation avec les moyens ni avec les priorités de la commune. » Il chiffre à environ 5 millions d’euros la réhabilitation du musée des Beaux-Arts de Carnolès et à près de 6 millions d’euros la réouverture à l’identique du musée Cocteau. Florent Champion rappelle également que la Ville a emprunté 7,6 millions d’euros cette année sans avoir engagé de chantiers d’envergure, et s’inquiète de la capacité de la commune à absorber, en parallèle, la hausse du SMIC et une augmentation des pénalités liées à la loi SRU qu’il évalue à près de 500 000 euros en 2027. L’élu est revenu aussi sur la hausse des indemnités et des frais de représentation déjà critiquée par ses collègues opposants et relève la nomination de trois nouveaux adjoints de quartier (dont l’un d’eux, Thierry Venem, faisait partie de l’équipe rapprochée de Philippe Vardon à Nice). « Ces choix, en apparence anecdotiques, révèlent une attitude peu scrupuleuse à l’égard des deniers publics […] la dure réalité de la gestion d’une ville comme Menton rattrapera inexorablement Mme Masson et ses élus. À moins de renoncer à certaines chimères, il ne lui restera, pour les concrétiser, d’autre choix que d’emprunter massivement et de privatiser une partie du service public existant », prédit Florent Champion.



