Près de 1 000 hectares de la forêt de Fontainebleau ont déjà été détruits par un incendie d'une ampleur exceptionnelle, selon Julien Marion, directeur général de la Sécurité civile. Depuis dimanche 12 juillet, le massif situé au sud-est de Paris est en proie aux flammes, contraignant plusieurs villages voisins à évacuer une partie de leurs habitants. Parmi eux, le Vaudoué, petite commune de 750 âmes administrée par Michel Calmy (sans étiquette), où la moitié de la population a dû quitter les lieux.
Un feu né sur l'autoroute A6
Michel Calmy raconte que le feu a démarré dimanche au niveau de l'autoroute A6, à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau du Vaudoué. « Avec sans doute deux ou trois départs de feu qui ont convergé, ont traversé l'autoroute et sont rentrés dans le massif des Trois Pignons », explique-t-il. Cette zone est la partie la plus à l'ouest de la forêt de Fontainebleau. Le vent a ensuite rabattu les flammes sur les villages de Noisy-sur-École, le Vaudoué et Achères-la-Forêt, se concentrant particulièrement sur le nord de sa commune.
Les premières flammes ont été aperçues dimanche à 16 heures. À 18 heures, le front de l'incendie s'étendait déjà sur deux kilomètres et se rapprochait dangereusement du village. En soirée, les pompiers ont cessé de lutter contre la progression du feu pour se concentrer sur la défense et la protection des maisons les plus proches, situées à l'orée du bois. Ces habitations ont été évacuées dans la foulée. Face à l'aggravation des risques, certaines rues et quartiers ont également été évacués durant la nuit.
Une évacuation massive et solidaire
Le Vaudoué compte environ 750 habitants permanents, mais le village est très touristique, avec 30 % de résidences secondaires et de nombreux gîtes et maisons d'hôtes. « Lors d'un week-end de pré-14 juillet, on monte facilement à 2 000, voire 3 000 personnes », précise Michel Calmy. Ainsi, près de la moitié du village, soit environ un millier de personnes, a été évacuée. Les personnes évacuées ont pu, dans le meilleur des cas, être relogées chez des proches, soit dans le village, soit à l'extérieur. Pour ceux qui refusaient de quitter le village, une salle communale a été aménagée avec des matelas, et d'autres habitants, y compris des élus, ont ouvert leurs portes. Michel Calmy lui-même a hébergé trois personnes.
« On a vu un très bel élan de solidarité », témoigne-t-il. De nombreuses personnes ont proposé des chambres, des bacs d'eau, de la nourriture ou du temps pour participer aux permanences. Les agriculteurs du secteur ont également été d'une grande aide, remplissant spontanément des tonnes à eau pour permettre aux pompiers de faire le plein directement, sans avoir à repasser par des bornes d'incendie.
Un maire face à l'urgence
Michel Calmy explique qu'avec le conseil municipal, et surtout ses quatre adjoints, ils ne se sont pas quittés depuis deux jours. Il est en permanence en contact avec le préfet, les sous-préfets et les pompiers. « C'est tous ensemble qu'on prend des décisions – et on est obligé d'en prendre, y compris celles qui ne font pas plaisir », confie-t-il. Il évoque la difficulté de devoir, à minuit, aller voir des habitants déjà inquiets et leur dire : « Vous avez un quart d'heure pour monter dans votre voiture, partir avec votre chat sur les genoux et vous trouver une place ailleurs. » D'autant plus que le feu ne sera pas fixé avant plusieurs jours, et que, tant que cela ne sera pas le cas, les habitants ne pourront pas rentrer chez eux.
L'amour de la forêt en deuil
Au-delà de la gestion de crise, Michel Calmy exprime une profonde tristesse face à cette catastrophe. « Que l'on soit citoyen ou maire, on est tous très malheureux, parce qu'on ne vit pas aux bords d'une forêt comme la nôtre sans en être amoureux », déclare-t-il. Il souligne que, dans son village, l'amour de la forêt est un point d'accord unanime. « En deux jours, elle est partie en fumée. Et je sais qu'on va tous aller s'y promener en pleurant, et qu'on va attendre qu'elle repousse avec impatience. » Il pense que cet événement renforcera l'identité forestière du village : « On est là pour aimer notre forêt, et transmettre l'amour de la forêt. »



