Municipales 2026 à Ganges : le narcotrafic, une gangrène qui influence le vote des habitants
Ganges : le narcotrafic pèse sur les municipales 2026

Municipales 2026 : à Ganges, le narcotrafic s'invite dans l'urne

Dans le cadre de notre série "Midi Libre sur la route", nos reporters se sont rendus à Ganges, petite commune de 4 000 habitants nichée au pied des Cévennes, dans l'Hérault. À moins de 50 kilomètres de Montpellier, cette bourgade rurale, réputée pour son cadre de vie idyllique au bord de la rivière Hérault, est pourtant gangrenée par un fléau qui dépasse largement ses frontières : le trafic de stupéfiants. Un phénomène qui, à l'approche des élections municipales de mars 2026, influence directement le vote et les préoccupations des électeurs.

Une insécurité palpable dans le quotidien

Derrière le comptoir de son bar des halles, Pascal Atger observe la situation avec un mélange de lucidité et de résignation. "Là, c'est simple, c'est calme parce qu'ils sont tous en prison ! Mais le trafic de drogue, vous savez, c'est une pieuvre, on coupe une jambe, elle peut quand même se déplacer", explique-t-il. En avril 2025, la commune a connu un pic de violence avec des coups de couteau et des coups de feu, probablement liés à la reprise d'un point de deal. Une vaste opération de gendarmerie en septembre a conduit plusieurs individus derrière les barreaux, mais les traces persistent. Sur les murs de la rue où le point de deal a été démantelé, les noms des gendarmes ont été inscrits par les trafiquants, rappel sinistre de leur influence.

Pascal Atger, qui se dit fan de Jean Lassalle et des listes "pêche, nature et traditions", a lui-même été accusé d'être un point de deal. "J'étais accusé d'être un point de deal ! Ici, ce n'est pas pour rien que je ne vends pas de CBD", confie-t-il, rendant hommage à la municipalité sortante qui fait, selon lui, "ce qu'elle peut".

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Des électeurs divisés face à la gangrène

Francis, 91 ans, Gangeois depuis plus de soixante ans, reste fidèle à l'équipe municipale en place, qui se représente malgré le départ du maire sortant. "Je suis fixé sur mon vote depuis longtemps ! L'équipe s'est attaquée à ce problème qui touche toutes les campagnes – ce n'est pas spécifique à Ganges – avec les moyens qu'elle a", déclare cet ancien enseignant et élu. Mais il souligne l'asymétrie des forces en présence : "Les moyens des petites villes sont ridicules par rapport à ceux de la connexion internationale du trafic de drogue, il faut une prise de conscience générale." Il s'inquiète également de voir certains électeurs tentés par "ceux qui prônent une radicalité".

À l'inverse, Angélica, 42 ans, commerçante au volant de sa camionnette, revendique son intention de voter Rassemblement National en 2027, même en l'absence de liste d'extrême droite à Ganges. "Les gens ont peur, moi la première, ma fille travaille sur le secteur, je lui dis de faire très attention", affirme-t-elle, déplorant un manque de répression. "Je ne vais pas dire qu'ils vont nous agresser, mais tu achètes de la cocaïne comme tu achètes de la farine pour faire des crêpes… C'est désolant."

Entre relativisation et désintérêt politique

D'autres habitants adoptent une attitude plus détachée. Laurince, 29 ans, originaire de la République démocratique du Congo et installé à Ganges depuis cinq ans, apprécie le calme relatif de la commune comparé à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis. "Ici, si tu veux travailler, y'a du boulot, la santé ça va et à part les petits dealers que l'on voyait partout avant, là je pense qu'ils se cachent, tout va bien", assure ce père de famille. Pour autant, les élections ne l'intéressent pas, et il ne votera pas.

Le gérant de l'unique épicerie de nuit du village, qui préfère garder l'anonymat, partage cette indifférence. "Moi, je ne fume pas, je travaille et je rentre chez moi, ça ne m'inquiète pas. Chacun vit sa vie et fait ce qu'il veut, je ne suis pas un flic, je ne suis pas l'État, j'embête personne, et je veux que personne m'embête", élude-t-il.

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Un problème qui dépasse les frontières communales

Frédéric, un trentenaire, attend de voir si une liste plus à gauche se lancera à Ganges et estime que les vrais problèmes à régler sont "les problèmes de pauvreté et de travail". "Il y a beaucoup de cas sociaux ici", note-t-il. Rémy, 56 ans, fidèle soutien de l'équipe municipale, rappelle que le narcotrafic n'est pas une spécificité gangeoise. "On croit que Ganges c'est une plaque tournante de la drogue, mais il faut voir les villages à côté", soupire-t-il, soulignant que cette gangrène se répand dans tout l'arrière-pays.

Alors que le scrutin municipal du 15 mars 2026 approche, la question du narcotrafic pèse d'un poids considérable sur les débats. Entre sentiment d'insécurité, lassitude face à un phénomène perçu comme inéluctable, et attentes divergentes en matière de sécurité et de politique, les habitants de Ganges expriment des préoccupations qui reflètent les fractures plus larges de la société rurale française.