Depuis le 29 juillet, la propagandiste pro-Poutine Xenia Fedorova, figure médiatique du groupe Bolloré, est visée par un arrêté d'expulsion. Cette décision met en lumière les profondes divisions au sein du Rassemblement national (RN) et l'absence de stratégie cohérente concernant les ingérences russes et le conflit en Ukraine. Ni Marine Le Pen ni Jordan Bardella n'ont publiquement commenté cette affaire, laissant leurs troupes sans directives claires.
Un silence stratégique qui interroge
Les deux principales figures de l'extrême droite française, actuellement en vacances, ont choisi de ne pas s'exprimer sur le sujet. Aucune consigne n'a été diffusée sur les canaux internes du parti, que ce soit auprès des eurodéputés, des députés ou sur la boucle « argumentaire » réservée aux éléments de langage destinés aux porte-parole. Un proche du duo Le Pen-Bardella explique : « C'est l'été. La consigne non écrite, quand un sujet de merde se présente, c'est : “on attend que ça se tasse et on en dit le moins possible”. Et puis Marine et Jordan sont en vacances », tout en qualifiant cette affaire de « polémique » qui « n'intéresse personne ».
Ce silence contraste avec l'urgence de la situation. Xenia Fedorova, connue pour ses positions favorables à Moscou, est devenue une figure controversée, notamment après son apparition au Salon du Livre en avril 2025. Son expulsion potentielle soulève des questions sur la position du RN vis-à-vis de la Russie, un sujet épineux pour un parti qui a historiquement entretenu des liens ambigus avec le Kremlin.
Un parti en ordre dispersé
En l'absence de consignes, les élus et cadres du RN ont affiché des positions divergentes, reflétant un parti incapable de trancher entre son héritage populiste et son ambition de devenir un parti de gouvernement crédible. Certains, fidèles à la ligne historique, dénoncent une « censure » et s'opposent à l'expulsion, tandis que d'autres, soucieux de leur image, soutiennent la mesure pour se distancier de toute ingérence étrangère.
Cette fracture est d'autant plus visible que le RN a tenté ces dernières années de normaliser son image, notamment en condamnant l'invasion russe en Ukraine. Cependant, les déclarations de certains membres, comme celles de Marine Le Pen en 2017 lorsqu'elle avait rencontré Vladimir Poutine, continuent de hanter le parti et de nourrir les soupçons de complaisance envers Moscou.
Les implications politiques et électorales
Cette affaire intervient à un moment critique pour le RN, qui cherche à élargir son électorat et à se positionner comme une alternative crédible au pouvoir en place. L'absence de ligne claire sur la Russie pourrait coûter cher au parti, notamment auprès des électeurs sensibles à la défense de la souveraineté nationale et à la lutte contre les ingérences étrangères.
Selon un sondage récent, 68 % des Français se disent préoccupés par les ingérences russes dans la vie politique française. Cette préoccupation transcende les clivages partisans et pourrait influencer les prochaines échéances électorales. Le RN, en ne parvenant pas à adopter une position unifiée, risque de paraître faible et indécis sur un enjeu majeur de sécurité nationale.
Les réactions au sein de la majorité et de l'opposition
Du côté du gouvernement, on observe avec attention les atermoiements du RN. Un membre de la majorité, sous couvert d'anonymat, a déclaré : « Le RN est pris en flagrant délit de double discours. Ils ne savent plus où ils en sont sur la Russie, et ça les rend inaudibles sur les sujets de souveraineté. » Les partis d'opposition, notamment La France Insoumise et Les Républicains, ont également réagi, certains appelant à une clarification immédiate de la position du RN sur les ingérences étrangères.
L'affaire Fedorova n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans un contexte plus large de vigilance accrue contre les ingérences russes en Europe. La France a déjà expulsé plusieurs diplomates russes et renforcé ses mesures de surveillance. Le cas de Fedorova, qui bénéficie de soutiens dans les médias, pourrait devenir un test décisif pour la détermination des autorités françaises à lutter contre ces ingérences.
Quelles suites pour Xenia Fedorova ?
Pour l'instant, Xenia Fedorova n'a pas encore commenté l'arrêté d'expulsion. Ses avocats pourraient contester la décision devant les tribunaux, ce qui prolongerait la procédure. En attendant, le RN reste muet, espérant que la tempête médiatique s'apaise. Mais cette stratégie de l'autruche pourrait s'avérer contre-productive, car chaque jour qui passe sans position claire renforce l'image d'un parti divisé et sans boussole.
Les prochaines semaines seront cruciales pour observer si le RN parvient à surmonter ses divergences internes et à adopter une position cohérente, ou s'il continue de naviguer à vue, au risque de perdre en crédibilité aux yeux des électeurs et des observateurs politiques.



