Éducation nationale : l'édito qui secoue la rédaction
Éducation nationale : l'édito qui secoue

Tempête dans un encrier

Depuis quarante ans, le ministère de l’Éducation nationale encourageait les correcteurs à « privilégier le fond sur la forme ». Quatre décennies auront donc été nécessaires aux chefs à plumes pour réaliser que le fond et la forme sont étroitement liés...

Le constat alarmant

Sur la base d’une même dictée, donnée aux enfants de CM2 entre 1987 et 2021, le nombre moyen d’erreurs est passé de 10,7 à 19,4. Lors du dernier test, 28 % des élèves ont fait plus de 25 fautes, contre 7 % à la fin des années quatre-vingt. Une « otantique katastrophe » !

Le ministre de l’Éducation nationale semble enfin mesurer l’ampleur du problème posé par l’effondrement du niveau des élèves en français. Dans une circulaire publiée fin mars, Édouard Geffray enjoint les enseignants à prendre en compte « la qualité rédactionnelle : orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de la langue et lisibilité du propos » dans les copies du brevet et du bac.

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Des modalités floues

Prudent, l’hôte de la rue de Grenelle se garde de préciser les modalités d’application de cette consigne. Car si l’on revenait aux règles du temps jadis – « cinq fautes égalent zéro » –, la plupart des lycéens seraient bien en peine de décrocher leur diplôme.

Un problème de fond

Ce constat ne doit rien à une nostalgie couleur sépia. Il est confirmé par les statistiques du ministère. Nos bambins ne sont pas comptables de cette décapilotade. Depuis quarante ans, les instructions officielles encourageaient les correcteurs à « privilégier le fond sur la forme ». Dès lors que le « sens » était compréhensible, il fallait faire preuve de « bienveillance ». Surtout, ne pas « traumatiser » l’impétrant en pointant ses fantaisies scripturales !

Le lien entre fond et forme

Quatre décennies auront été nécessaires aux chefs à plumes pour réaliser que le fond et la forme sont étroitement liés. Ne pas maîtriser sa propre langue, c’est se priver des moyens d’accéder à la pensée complexe. Quelques mots suffisent pour déblatérer sur les réseaux sociaux ; il en faut davantage pour élaborer un raisonnement, trousser un argumentaire, explorer les nuances.

Un espoir mesuré

Espérons que cette prise de conscience n’est pas qu’un énième coup de com’. On condamnerait nos descendants à moutonner sur Internet, pouce levé ou pouce baissé, ballottés au gré des vents démagogiques. Cela, vraiment, serait une faute... inexcusable.

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