Un débat houleux ravive les accusations sur la gestion des abus sexuels dans les écoles parisiennes
Lors du débat télévisé entre les trois candidats à la mairie de Paris, mercredi soir sur BFMTV, Rachida Dati est revenue à plusieurs reprises sur un sujet sensible : la connaissance, dès 2015, par la majorité municipale d'alors, d'abus sexuels présumés dans les établissements scolaires parisiens. La candidate Les Républicains a pointé du doigt Emmanuel Grégoire, alors premier adjoint chargé des ressources humaines, l'accusant de n'avoir "rien fait" et même d'avoir "recruté des pédocriminels".
Une alerte lancée en Conseil de Paris en avril 2015
Comme l'a rappelé Rachida Dati, c'est le maire du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, qui avait soulevé le problème lors d'un Conseil de Paris le lundi 14 avril 2015. Ce week-end-là, un surveillant d'un collège parisien avait été arrêté pour des soupçons d'abus sexuels. Jean-Pierre Lecoq, père et grand-père, très investi sur ces questions au sein de la commission des affaires sociales, avait saisi l'occasion pour interpeller la majorité.
Il avait alors exprimé ses craintes quant à la réforme des rythmes scolaires, engagée deux ans plus tôt par le ministre Vincent Peillon, craignant des débordements. "J'étais très réticent à l'application à Paris de cette réforme, notamment parce que la sélection de ces nouveaux animateurs n'était pas assez encadrée", a-t-il expliqué. Il avait déjà alerté un an auparavant, après la découverte de premiers abus.
Un échange tendu sous le regard d'Anne Hidalgo
Lors de cette séance, Jean-Pierre Lecoq avait lu un texte d'une voix posée, soulignant : "Nous sommes une nouvelle fois amenés, à notre grand regret, à intervenir sur ce sujet (...) Vous ne pouvez tirer un trait sur ces affaires [d’abus sexuels], qui provoquent des traumatismes irréparables". Il avait demandé des améliorations dans les procédures de recrutement, insistant sur la nécessité de vérifier les antécédents psychologiques et judiciaires.
Alors qu'Emmanuel Grégoire s'apprêtait à répondre, Anne Hidalgo, présidant les débats, avait pris la parole pour dénoncer une question qu'elle jugeait politicienne, liée à l'opposition de l'UMP à la réforme des rythmes scolaires. "Je nous appelle au sérieux auquel ce type de sujet nous renvoie", avait-elle lancé, coupant court aux protestations de l'opposition.
Les réponses de la majorité et un rapport accablant
Emmanuel Grégoire avait finalement pu s'exprimer, rappelant les garde-fous existants comme la consultation du casier judiciaire et du fichier des auteurs d'infractions sexuelles. "Le risque zéro n'existe pas", avait-il avancé, ajoutant que "tant qu'il n'y a pas de méfait la personne est innocente". Anne Hidalgo était intervenue à nouveau, semblant énervée, pour questionner le fond de l'interpellation de Jean-Pierre Lecoq.
Gégoire avait alors détaillé les mesures prises en cas de signalement : suspension conservatoire, intervention policière, procédure disciplinaire. Il avait assuré que tout était fait pour traiter ces cas "avec rapidité et transparence", qualifiant les propos de Lecoq de "diffamatoires". Anne Hidalgo avait enfoncé le clou, affirmant travailler sur des critères "rationnels et sérieux" et dénonçant une "polémique politicienne malsaine".
Pourtant, quelques semaines plus tard, l'inspection générale de la Ville de Paris publiait un rapport très critique, évoquant une trentaine de cas d'abus sexuels portés à sa connaissance. Le document dénonçait une "gestion empirique des événements" et une entrave à la remontée des signalements.
Un débat qui resurgit onze ans plus tard
La séquence, qui avait duré près de 25 minutes, s'était conclue par des gestes fermes d'Anne Hidalgo pour clore le débat. Onze ans après, ces accusations resurgissent avec force dans la campagne pour la mairie de Paris, éclaboussant directement Emmanuel Grégoire, désormais candidat. Les échanges houleux de ce Conseil de Paris et le rapport accablant de l'inspection générale continuent de peser sur le débat public, ravivant les questions sur la responsabilité et la transparence dans la gestion de ces affaires sensibles.



