L'ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve a dévoilé, jeudi 15 juin 2023, un projet de loi visant à réformer le financement de l'élection présidentielle en France. Ce texte prévoit que les candidats à la présidentielle devraient obtenir un nombre minimal de parrainages de citoyens, en plus des parrainages d'élus, pour être remboursés de leurs frais de campagne. L'initiative est perçue comme une tentative de se positionner en vue de l'élection de 2027.
Un mécanisme de financement repensé
Selon le texte présenté par Bernard Cazeneuve, chaque candidat à la présidentielle devrait recueillir au moins 150 000 parrainages de citoyens inscrits sur les listes électorales, répartis dans au moins 30 départements différents. En contrepartie, l'État prendrait en charge une partie des frais de campagne, à hauteur de 8 millions d'euros par candidat. Actuellement, le remboursement est conditionné à l'obtention d'au moins 5 % des suffrages exprimés. Avec cette réforme, le seuil serait abaissé à 3 %, mais avec l'obligation des parrainages citoyens.
Un projet pour renforcer la légitimité démocratique
Bernard Cazeneuve a justifié cette proposition par la nécessité de "renforcer le lien entre les citoyens et leurs candidats". Il a déclaré : "Il faut que les Français aient le sentiment que leur vote compte dès le début de la campagne, et non seulement au moment du scrutin." Selon lui, ce système permettrait de lutter contre l'abstention et de redonner de la vigueur à la démocratie participative. Le projet prévoit également un plafonnement des dons des personnes physiques à 4 600 euros par candidat, contre 4 600 euros actuellement (inchangé).
Un calendrier serré pour une possible adoption
Le projet de loi devrait être examiné par le Parlement à l'automne 2023. Bernard Cazeneuve espère une adoption avant la fin de l'année, afin que le dispositif soit en place pour la présidentielle de 2027. Cependant, le texte suscite des réserves au sein de la majorité présidentielle. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a estimé que cette réforme "compliquerait inutilement le processus électoral". D'autres voix, à gauche, saluent l'initiative tout en appelant à un débat plus large sur le financement de la vie politique.
Un positionnement stratégique pour 2027
En proposant ce texte, Bernard Cazeneuve cherche à se repositionner sur l'échiquier politique en vue de la prochaine présidentielle. Ancien Premier ministre de François Hollande, il a quitté le Parti socialiste en 2022 pour fonder son propre mouvement, "La Convention". Avec ce projet de loi, il entend incarner une gauche républicaine et modérée, capable de rassembler au-delà des clivages traditionnels. Selon un sondage Ifop réalisé en mai 2023, sa cote de popularité atteint 25 %, un score qui le place en bonne position pour une candidature.
Des critiques sur la faisabilité technique
Plusieurs experts pointent les difficultés logistiques d'un tel système. La vérification des parrainages citoyens nécessiterait la création d'une plateforme numérique sécurisée, gérée par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Le coût de mise en œuvre est estimé à 50 millions d'euros, un montant jugé excessif par certains parlementaires. Bernard Cazeneuve rétorque que ce coût est "modeste au regard de l'enjeu démocratique".
Une initiative saluée par des associations
Des associations comme Anticor ou Transparence International France ont salué l'initiative, y voyant un moyen de réduire l'influence de l'argent en politique. "C'est un pas dans la bonne direction", a déclaré un porte-parole d'Anticor. Cependant, elles appellent à aller plus loin, notamment en plafonnant les dépenses de campagne et en renforçant les contrôles.
Vers une réforme plus large du système électoral ?
Ce projet de loi s'inscrit dans une série de propositions visant à moderniser la vie politique française. D'autres textes, comme celui sur le non-cumul des mandats ou la proportionnelle, sont régulièrement débattus. Bernard Cazeneuve espère que son initiative ouvrira un cycle de réformes. "Il ne s'agit pas d'une simple mesure technique, mais d'un changement de culture politique", a-t-il conclu.



