La rivalité archéologique entre Agde et Béziers s'intensifie autour du titre de plus ancienne ville de France. Entre fortifications grecques datées de 640 av. J.-C. et habitats du Néolithique, la chronologie reste à trancher.
Les découvertes à Béziers
À Béziers, les premières preuves sont apparues lors des fouilles menées place de la Madeleine entre 1985 et 1986, où des vestiges attestant d’une présence grecque autour de 600 av. J.-C. ont été mis au jour. À l’époque, ces éléments étaient prometteurs mais encore insuffisants pour conclure.
Tout change avec les campagnes de fouilles réalisées entre 2017 et 2018 sur les collines Saint-Jacques et Saint-Nazaire à Béziers. Les archéologues y découvrent un impressionnant système de fortifications composé de palissades, de fossés défensifs et de grands trous de poteaux pouvant correspondre à des structures de surveillance. Les datations situent ces aménagements entre 640 et 625 av. J.-C., soit environ 25 ans avant la fondation de Marseille.
Une véritable cité grecque
Dès le Ve siècle av. J.-C., Béziers couvre près de 35 hectares, ce qui en fait l’un des plus vastes sites urbains de son époque. Les fouilles ont également révélé des rues d’environ 5 mètres de large, un urbanisme bien différent de celui des habitats gaulois, généralement organisés autour de ruelles étroites. Les habitations témoignent elles aussi d’un niveau de développement important : certaines atteignent 200 m2 avec une cour intérieure, quand les maisons indigènes dépassent rarement 30 m2.
Au Ve siècle, l’empreinte grecque se retrouve dans tous les aspects de la ville de Béziers. La cité utilise massivement des tuiles en terre cuite de tradition corinthienne, une particularité unique en Gaule méridionale. Les artisans maîtrisent le tour de potier dès la fin du VIIe siècle av. J.-C., une technique encore absente du monde gaulois à cette période. Les fouilles révèlent également une utilisation importante du mortier de cuisine grec, un objet omniprésent dans la cité mais pratiquement absent du monde indigène gaulois à la même période.
Pour Elian Gomez, archéologue, « tous ces éléments montrent que Béziers constituait une véritable cité grecque, probablement fondée par des colons liés à Rhodes ».
Agde revendique 2 900 ans d'histoire
Face à cette thèse, Agde continue de revendiquer près de 2 900 ans d’histoire. L’archéologue reconnaît l’existence de vestiges très anciens sur le territoire agathois, notamment sur le site fluvial de La Motte, où des traces d’occupation datant de l’âge de Bronze ont été découvertes. Mais il estime « qu’il ne s’agissait pas encore d’une ville organisée, sa fondation étant plutôt située vers 525 av. J.-C., donc plus tardive que les premières structures identifiées à Béziers ».
Exposition à Ensérune
On ne saurait trop vous conseiller de prendre un moment pour vous rendre à l’oppidum d’Ensérune, tout près de Béziers. Pour admirer d’une part un site et des collections permanentes exceptionnels, mais aussi pour visiter la toute nouvelle exposition intitulée « Comme un air venu d’Athènes », qui a ouvert ses portes le 3 juillet, jusqu’au 20 mai 2027. À travers les collections exceptionnelles d’Ensérune, l’exposition révèle comment objets, images et innovations techniques venus de Grèce ont été adoptés et réinterprétés par les Gaulois. Un voyage sensible au cœur des contacts culturels qui ont façonné les rives de la Méditerranée occidentale.
Cet événement s’inscrit dans la Saison gauloise 2026, pilotée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Elle compose le troisième volet autour des Gaulois et Grecs en Occitanie, dans le cadre d’un partenariat avec le Site archéologique Lattara Musée Henri Prades de Lattes et le musée de l’Éphèbe du Cap d’Agde.
La position d'Agde
Mais à Agde, on ne l’entend pas de cette oreille. D’ailleurs, tout le monde en est persuadé : la cité de l’Éphèbe est bel et bien la plus ancienne cité de France ! À peine arrivé aux affaires, le nouveau maire Aurélien Lopez-Liguori a tôt fait d’activer cette corde identitaire, en réhabilitant non seulement le blason historique de la ville, avec ses trois vagues, mais en inscrivant également la mention « depuis 2 900 ans ».
Jusqu’alors, traditionnellement, on parlait d’Agde comme la commune aux 2 600 ans d’histoire. Fondée par les Phocéens au VIe siècle avant notre ère, Agathé Tychê, littéralement « La bonne fortune » était un comptoir marchand établi sur le socle basaltique de l’actuel centre historique. Qui a très vite tissé des échanges avec des populations autochtones, qui vivaient là elles aussi et depuis pas mal de temps, si l’on en croit les dernières fouilles archéologiques menées dans le fleuve Hérault, dont les fonds sont un livre d’histoire à eux seuls.
Ainsi, depuis plusieurs années, l’archéologue Thibault Lachenal et son équipe sondent les fondations d’un village sur pilotis au niveau du site de La Motte 1, daté de l’âge du Bronze. Une riche parure féminine datée du VIIIe siècle avant J.-C. avait d’ailleurs été découverte en 2002. Plus près de nous, en 2023, à l’occasion de sondages effectués dans l’Hérault toujours, au niveau du pont de D 612, les plongeurs de l’association Ibis ont confirmé la présence d’un niveau du néolithique ancien (entre – 4 800 et – 4 500 avant J.-C.) dans le fleuve, faisant remonter l’origine d’un habitat local à 7 000 ans. En clair, les Biterrois peuvent aller se rhabiller !
Lopez Liguori : « Agde est la plus vieille ville de France »
Du petit-lait pour Aurélien Lopez Liguori, qui préfère néanmoins attendre « que les études scientifiques confirment tout cela », avant d’aller plus loin que ces 2 900 ans dans la communication sur le riche passé de la ville. Car ce qui pourrait ne sembler être qu’anecdotique, est en réalité un véritable vecteur de communication, touristique notamment. Et à l’heure où le balnéaire ne suffit pas pour faire vivre la commune plusieurs mois de l’année, le volet historique est évidemment un levier essentiel.
Il n’en reste pas moins que cette rivalité avec les Biterrois se fait évidemment avec le sourire : « on les aime beaucoup, nos voisins », lance le maire. « Mais ils doivent se rendre à l’évidence : c’est Agde la plus vieille ville de France. »



