À l'approche de l'élection présidentielle et dans une Assemblée nationale sans majorité, l'adoption du budget 2027, le dernier de l'ère Macron, s'annonce comme un défi majeur pour le Premier ministre Sébastien Lecornu. Dans une interview accordée au « Parisien » ce dimanche 30 août, il appelle au compromis pour éviter tout « risque financier », alors que les oppositions, notamment les députés insoumis, ont déjà annoncé une motion de censure.
Une première année à Matignon sous le signe de l'incertitude
Le 9 septembre, Sébastien Lecornu célébrera sa première année à Matignon, un parcours marqué par une démission rocambolesque et un budget 2026 adopté au prix d'une suspension de la réforme des retraites. Conscient de la fragilité de sa position, il déclare : « Je me suis préparé depuis le premier jour à être censuré ». Un risque qui prend de l'ampleur à mesure que se rapprochent les échéances électorales et que débutent les discussions sur le budget 2027.
Les députés insoumis ont d'ores et déjà annoncé une motion de censure. Un cadre du mouvement de Jean-Luc Mélenchon estime : « Il n'y a pas de solution. Les macronistes sont affaiblis à cause de leurs affrontements internes pour la présidentielle. » Cette déclaration fait référence aux tensions entre Gabriel Attal (Renaissance) et Édouard Philippe (Horizons), qui pourraient compliquer les discussions au sein du bloc central. Avec les Républicains de Bruno Retailleau, ils sont trois candidats du « socle commun » pour 2027 à devoir faire front commun sur le budget.
Les socialistes menacent de censure, Lecornu propose une « quatrième voie »
Les socialistes, engagés dans une primaire pour désigner leur candidat à l'Élysée, avaient sauvé le gouvernement lors du budget 2026. Mais cette fois, le chef des députés socialistes Boris Vallaud a averti le 29 août, lors de la rentrée du PS à Blois, que « ce n'est pas bien parti » pour un compromis. Olivier Faure, le patron du PS, avait également prévenu dans « Libération » : « Si à l'issue des débats le budget ressemble aux programmes d'Attal et Philippe, nous n'aurons pas d'autre réponse que la censure. »
Face à ces pressions, le Premier ministre présente sa recette dans « Le Parisien » : « Prioriser certaines dépenses, en protéger d'autres, et faire des choix. » Il écarte l'idée de « grandes réformes » ou de « musée des horreurs » pour « redresser le déficit d'un coup », et privilégie une « quatrième voie » qui vise à « préférer cinquante petites décisions efficaces et intelligentes à trois ou quatre grandes spectaculaires mais impossibles à faire voter ».
Des efforts concentrés sur l'État, des exceptions pour les ministères régaliens
Sébastien Lecornu promet que « l'État portera l'essentiel de l'effort » de ses « grandes orientations », ce qui implique une baisse de la dépense publique pour exclure toute hausse d'impôt, un totem de la macronie. Il se dit même opposé au maintien « à l'identique » de la surtaxe sur les très grandes entreprises.
En revanche, à l'exception du régalien – Armées (+6,4 milliards d'euros), Intérieur (+600 millions d'euros), Justice (+400 millions d'euros) – ainsi que de l'Éducation nationale (+800 millions d'euros), de la Recherche (+500 millions d'euros) et de l'Écologie (+1,1 milliard d'euros), les autres ministères devront se serrer la ceinture. « Les dépenses de l'État continueront d'augmenter, mais moins que l'inflation », prévient le Premier ministre.
Pour remédier à certaines urgences, des dépenses exceptionnelles seront proposées, notamment pour l'agriculture, que Lecornu qualifie de « mon dossier numéro un de la rentrée », en raison des conséquences de la sécheresse de l'été. Il propose « un plan de soutien et de sauvetage pour passer l'hiver, puis un plan de relance pour 2027 », tout en insistant sur du « sur-mesure », comme pour les aides au carburant qu'il souhaite prolonger.
Des mesures difficiles pour réduire le déficit public
Le déficit public stagne à 5,1 % du produit intérieur brut (PIB), et Sébastien Lecornu admet : « Il faudra prendre des mesures difficiles. » Il cite des « efforts de bonne gestion à faire » sur l'Assurance maladie, mentionnant une « réforme » des arrêts maladies compte tenu des « abus qui explosent ces dernières années ». Il confirme également l'ouverture de discussions sur « le remboursement de certains médicaments » et la « désindexation des pensions de retraite », à l'exception des « petites retraites », sans préciser le montant correspondant.
Pour trouver une majorité, le Premier ministre dramatise la situation : « Il appartient à la classe politique française de ne pas rajouter un désordre domestique au désordre international. La conjugaison des deux nous mettrait dans une situation gravissime. » Il ajoute : « Le petit jeu politique s'arrête là où commence le risque financier. On peut discuter de tout, sauf de cela. Car pendant que les responsables politiques font leurs calculs, les marchés financiers font les leurs. Et, dans une crise financière, le calendrier financier finit toujours par dévorer le calendrier politique… »
Conscient que la période préprésidentielle complique tout compromis, il joue la carte du budget nécessaire pour n'importe quel vainqueur en mai 2027 : « Les candidats à la présidentielle seront les premières victimes de l'absence de budget. Leurs programmes pourraient être disqualifiés avant même l'élection, sous la pression des taux d'intérêt, des marchés et de l'opinion. » À deux reprises, il utilise le mot « réversible » pour souligner que le budget 2027 « en pratique, pourra n'être qu'un budget de premier semestre ». Une façon de désacraliser un soutien à son texte, tout en martelant : « Dans tous les cas, il faut un budget. »



