La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a explicitement déconseillé à Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée avant la prochaine élection présidentielle, lors d'un entretien accordé à Libération ce jeudi 10 juillet 2026. Selon elle, une telle décision comporterait des risques majeurs pour la majorité présidentielle et pour la stabilité institutionnelle.
Une mise en garde claire
« Je lui ai dit très clairement que ce n'était pas une bonne idée », a confié Braun-Pivet, qui s'est entretenue avec le chef de l'État à ce sujet. Elle estime qu'une dissolution dans le contexte actuel, avec une majorité relative déjà fragile, pourrait entraîner une perte de sièges supplémentaire pour le camp présidentiel. « Nous avons besoin de temps pour consolider notre action et montrer les résultats de nos réformes », a-t-elle ajouté.
La présidente de l'Assemblée a également souligné que les Français ne comprendraient pas une telle décision, perçue comme un aveu d'échec ou une manœuvre politique risquée. Elle rappelle que la dernière dissolution, en 2024, avait déjà affaibli la majorité et conduit à une situation parlementaire compliquée.
Un contexte politique tendu
Cette déclaration intervient alors que les rumeurs de dissolution refont surface dans les cercles politiques, alimentées par les difficultés du gouvernement à faire passer ses textes. La majorité relative, qui dispose d'environ 250 députés sur 577, doit constamment composer avec les oppositions pour adopter des lois. Selon un sondage récent, 58% des Français seraient opposés à une dissolution avant la présidentielle de 2027.
Braun-Pivet a également évoqué les conséquences possibles sur la vie politique : « Une dissolution précipitée pourrait ouvrir la voie à une instabilité prolongée, avec le risque de voir le Rassemblement national ou La France insoumise renforcer leurs positions. » Elle a insisté sur la nécessité de privilégier le dialogue et les compromis avec les autres groupes parlementaires.
Les risques pour la majorité
Pour la présidente de l'Assemblée, le timing est crucial : « Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. Une dissolution maintenant serait interprétée comme une fuite en avant. » Elle a rappelé que le président dispose de ce pouvoir discrétionnaire, mais qu'il doit l'exercer avec discernement. « Il ne s'agit pas seulement de tactique politique, mais de l'intérêt du pays », a-t-elle insisté.
Interrogée sur l'éventualité d'une dissolution après la présidentielle, Braun-Pivet a estimé que cela dépendrait du résultat du scrutin. « Si le président sortant est réélu, il aura la légitimité pour le faire, mais je pense que ce ne serait pas nécessaire si nous parvenons à travailler efficacement d'ici là. »
Cette mise en garde de la présidente de l'Assemblée, issue du parti présidentiel, montre les divisions internes sur la stratégie à adopter. Emmanuel Macron, qui n'a pas encore commenté ces propos, pourrait être tenté de reprendre la main face à une opposition grandissante. Mais les paroles de Braun-Pivet reflètent une inquiétude partagée par plusieurs cadres de la majorité.
Des précédents historiques
La dissolution de l'Assemblée nationale est une arme constitutionnelle rarement utilisée sous la Ve République. Depuis 1958, elle n'a été employée que six fois, avec des résultats mitigés. La dernière dissolution en 2024 avait été décidée par Emmanuel Macron après la défaite de son camp aux élections européennes, mais elle n'avait pas permis de dégager une majorité absolue, compliquant encore davantage l'action gouvernementale.
Braun-Pivet a conclu en appelant à la responsabilité de tous les acteurs politiques : « Nous devons montrer aux Français que nous pouvons gouverner ensemble, malgré nos divergences. La dissolution n'est pas une solution miracle. »



