Plaine Commune : Bally Bagayoko (LFI) élu président face à Karim Bouamrane (PS) dans un affrontement tendu
Bagayoko (LFI) élu président de Plaine Commune face à Bouamrane (PS)

Une élection locale transformée en affrontement politique majeur

La séance du mardi 21 avril à Saint-Denis, qui devait initialement concerner des enjeux très locaux, s'est rapidement transformée en un règlement de comptes inflammable entre deux gauches irréconciliables. Dans une salle habituellement dédiée à des arbitrages techniques, deux figures politiques ont polarisé les débats : Bally Bagayoko, maire Insoumis de Saint-Denis, et Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen.

Un scrutin aux enjeux stratégiques

Les deux élus étaient les seuls candidats à l'élection du président de l'établissement public territorial (EPT) Plaine Commune, une structure qui regroupe huit municipalités de Seine-Saint-Denis : Aubervilliers, La Courneuve, Épinay-sur-Seine, L'Île-Saint-Denis, Saint-Ouen-sur-Seine, Stains, Villetaneuse et Saint-Denis. Cet organisme gère 2 200 agents et concentre 460 000 habitants, ce qui en fait un enjeu politique de premier ordre.

À l'issue d'un vote serré, Bally Bagayoko a remporté la présidence avec 46 voix contre 32, succédant ainsi à Mathieu Hanotin (PS). Cette victoire représente une avancée stratégique majeure pour La France insoumise dans son implantation territoriale, au détriment du Parti socialiste.

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Un débat marqué par les tensions

Karim Bouamrane, figure de l'opposition à Olivier Faure au sein du PS, avait annoncé sa candidature tardivement, lundi midi seulement. Réélu aux municipales face à la candidate insoumise Manon Monmirel, le maire de Saint-Ouen entendait, selon ses propres termes sur X, « sonner l'alarme face à une volonté de faire de Plaine Commune une base arrière pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles ».

Bien que l'organisation du conseil d'installation n'ait pas permis de débats directs, chaque candidat a pu exposer ses arguments dans un climat particulièrement tendu. « Je suis fier d'être insoumis », a déclaré Bally Bagayoko, tout en promettant une « candidature de consensus » et en affirmant son aspiration à « être président de Plaine Commune dans l'esprit de sa démarche coopérative ».

Propositions rejetées et accusations mutuelles

Karim Bouamrane a immédiatement rétorqué : « Le consensus aurait été de se réunir, de discuter pour trouver un candidat qui fédère », reprochant à son adversaire de ne pas avoir organisé de discussion préalable avec les maires des huit communes. Il a dénoncé un « projet préempté à des fins électoralistes, pour l'élection présidentielle », essuyant au passage quelques huées de l'assemblée.

Dans un geste spectaculaire, le maire de Saint-Ouen a proposé : « Je suis prêt à retirer ma candidature si, M. Bagayoko, vous retirez la vôtre et que nous provoquons une réunion avec les maires pour décider d'une candidature de consensus. » Cette offre a été refusée clairement et sans détour par Bally Bagayoko.

Karim Bouamrane est allé jusqu'à promettre que, s'il était élu, il démissionnerait un mois plus tard si un autre candidat parvenait à faire consensus lors de discussions ultérieures. Une proposition à laquelle Bally Bagayoko est resté totalement insensible.

Échanges acerbes et soutiens affirmés

L'élu de Saint-Denis a répliqué avec virulence : « Celles et ceux qui, devant les difficultés, tentent de les contourner, se comportent en irresponsables. » Il a persiflé : « La nuit tombée, certaines personnes ont tenté de manœuvrer, de faire émerger une candidature de consensus. Ces personnes ont échoué. »

Bally Bagayoko a poursuivi ses accusations : « Les maires qui se comportent de la sorte sont en réalité des lâches. Je ne suis pas pour qu'on pervertisse mes propos et me fasse passer pour un menteur », dénonçant au passage un « spectacle de piètre niveau ». Il a même ajouté : « Nous avons la volonté de travailler avec chacun des maires. En revanche, je ne sais pas garantir celles et ceux qui ont des problématiques psychologiques. »

Le maire insoumis a pu compter sur le soutien d'Aly Diouara, maire de La Courneuve, qui n'a pas mâché ses mots : « Choisir un président socialiste pour Plaine Commune serait manquer clairement de considération à nos électeurs. Ce serait cautionner un bilan excessivement brutal pour une grande partie de la population de notre pays. »

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Menaces financières et conséquences territoriales

Avant le scrutin, Karim Bouamrane avait assuré à l'Agence France-Presse qu'une « crise financière, institutionnelle » menacerait l'intercommunalité si Bally Bagayoko était élu. « À Saint-Ouen, nous sommes le plus grand contributeur net par habitant. Je peux me retirer », avait-il avancé, évoquant un « bras de fer qui impacterait automatiquement les villes les plus pauvres ».

Durant les débats, il a de nouveau esquissé cette possibilité : « Au regard des signaux envoyés par l'organisation politique à laquelle Bally Bagayoko appartient, je ne pourrai pas mutualiser les moyens. » Cette menace est loin d'être anodine : dans le budget 2026, Saint-Ouen verse 26 des 129 millions de fonds de compensation des charges territoriales, les contributions des villes au fonctionnement de Plaine Commune.

L'intercommunalité a la charge de secteurs d'activité essentiels, notamment l'aménagement urbain, le développement économique et les services à la population (gestion de l'espace public, lecture publique, etc.).

Réactions post-électorales et perspectives

Interrogé par l'AFP, Bally Bagayoko s'était dit « attristé » de voir Karim Bouamrane dans « une forme de panique comme s'il y avait entre guillemets “l'assaut” des “insoumis” sur sa ville ». L'élu LFI avait juré n'être « pas du tout dans cet état d'esprit » : « La position de fond de M. Bouamrane est de dire : “Tout sauf La France insoumise.” Et moi, je ne dis pas : “Tout sauf le Parti socialiste.” Je travaillerais avec l'ensemble des maires, y compris le maire de droite d'Épinay-sur-Seine. »

Sur X, Karim Bouamrane a finalement reconnu la victoire de Bally Bagayoko, tout en ajoutant : « Toutefois, l'élection d'un président de notre établissement public territorial requiert soit l'unanimité, soit elle est le fruit d'un consensus. La candidature de Bally Bagayoko n'était pas le fruit d'un consensus et ce n'est pas un résultat qui a fait l'unanimité. Dans l'intérêt du territoire et de ses habitantes et habitants, j'attends des garanties claires pour les 40 % des élus qui se sont exprimés en faveur de ma candidature. »

Cette élection particulièrement tendue laisse présager que, en Seine-Saint-Denis, la guerre des gauches ne fait que commencer. Les divisions politiques profondes entre La France insoumise et le Parti socialiste semblent désormais se cristalliser autour de la gouvernance de Plaine Commune, avec des conséquences potentielles importantes pour les 460 000 habitants concernés.