Lyon : Jean-Michel Aulas remet l'écharpe à Doucet et devient chef de l'opposition
Aulas remet l'écharpe à Doucet et devient chef de l'opposition

Une passation de pouvoir sous tension à Lyon

Un rôle protocolaire dont il se serait certainement passé. Jean-Michel Aulas, battu lors de l'élection municipale lyonnaise mais doyen du conseil nouvellement élu, a officiellement remis vendredi l'écharpe tricolore de maire à l'écologiste Grégory Doucet. Une cérémonie qui a marqué son entrée immédiate dans le costume d'opposant en chef, avec un discours combatif et des avertissements clairs pour le nouvel édile.

Une poignée de main brève mais des mots tranchants

La poignée de mains entre les deux rivaux politiques fut brève, mais empreinte d'une certaine chaleur protocolaire. Le discours qui a suivi de l'ancien président de l'Olympique lyonnais, en revanche, s'est révélé sans concession. « Monsieur Doucet, vous avez l'écharpe de maire, mais vous n'avez plus toutes les clefs de la ville », a-t-il lancé d'emblée, estimant que les résultats extrêmement serrés du second tour constituaient un « véritable rappel à l'ordre » pour le vainqueur.

L'entrepreneur de 77 ans, novice en politique, a poursuivi son analyse électorale : « Près d'un Lyonnais sur deux n'a pas voté pour vous. Par ce désaveu, ils vous ont exprimé de manière très vive leurs préoccupations ». Grégory Doucet, à la tête d'une coalition de gauche ayant conclu une alliance avec La France Insoumise entre les deux tours, l'a en effet emporté avec seulement 50,67 % des voix contre 49,33 % pour Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite et le centre. Une avance infime de moins de 3 000 suffrages.

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Une opposition « intraitable » sur la sécurité annoncée

Jean-Michel Aulas a immédiatement défini les lignes de fracture. Il a souligné que son groupe Cœur Lyonnais, qui dispose de 27 conseillers municipaux sur les 73 sièges, se montrerait « intraitable » sur la question cruciale de la sécurité, « un des seuls domaines sur lequel vous aurez le mot final » selon lui. « Pour tout le reste, vous aurez besoin de nous », a-t-il asséné, mettant en lumière la configuration politique inédite issue du scrutin.

Cette situation est en effet particulière : la puissante métropole de Lyon reste dirigée par une présidente Les Républicains, Véronique Sarselliest, et Jean-Michel Aulas lui-même en a été élu premier vice-président. Une donne institutionnelle complexe dont le nouveau maire écologiste a paru pleinement conscient. « Nous travaillerons avec la métropole à chaque fois que l'intérêt des Lyonnaises et des Lyonnais l'exigera », a déclaré Grégory Doucet, avant d'ajouter avec fermeté : « coopérer ne signifie pas s'effacer ».

Il a assuré : « Je défendrai les intérêts de la ville, je défendrai les choix pour lesquels j'ai été élu et je le ferai sans esprit de querelle, mais sans renoncement ».

Le recours finalement abandonné

Souriant dans son rôle protocolaire de président de séance, Jean-Michel Aulas a proclamé le résultat du vote qui a porté Grégory Doucet, seul candidat, au poste de maire pour un deuxième mandat. « Le doyen n'est pas seulement celui qui préside par l'ancienneté, il est aussi la vigie pour l'institution. C'est un repère de sagesse, d'expérience, par définition, et aussi de compétence », a-t-il déclaré en préambule. Juste avant d'entrer dans la salle du conseil, il avait affirmé qu'il allait désormais faire « de la politique à 100 % ».

Cette annonce clôt un épisode incertain. Pendant de longues semaines, les sondages prévoyaient une large victoire de Jean-Michel Aulas. Dimanche soir, au soir du second tour, il avait annoncé vouloir déposer un recours, évoquant « de nombreuses irrégularités » constatées pendant le scrutin. Cependant, vendredi à 16 heures, soit deux heures seulement avant l'expiration du délai légal pour saisir la justice, le tribunal administratif de Lyon n'avait reçu aucune requête en ce sens. Le recours a donc été finalement abandonné, scellant officiellement la victoire de Grégory Doucet et ouvrant une nouvelle ère politique à Lyon, marquée par une opposition déterminée et une cohabitation complexe avec la métropole.

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