«Je suis peut-être seul contre tous» : le député Alloncle défend la transparence de la commission audiovisuelle
Quelques minutes avant le début de l'audition de Delphine Ernotte, ultime étape de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, le député Charles Alloncle s'est exprimé auprès de 20 Minutes pour répondre aux critiques qualifiant les travaux de «spectacle». Dans un entretien exclusif, l'élu a fermement défendu la démarche de transparence adoptée par la commission.
La diffusion d'extraits : une nécessité démocratique
Interrogé sur la circulation de nombreux extraits d'auditions sur les réseaux sociaux, Charles Alloncle a rappelé que le président de la commission avait initialement interdit les live-tweets pendant les séances. «J'ai accepté cette règle mais il y avait des inquiétudes sur une possible mise sous silence de la commission», a-t-il expliqué. Selon lui, rendre publics certains échanges via des extraits constitue «une manière légale de garantir que ces travaux existent dans le débat public».
Le député a souligné que cette pratique n'était pas nouvelle, la Chaîne parlementaire diffusant déjà ces auditions avec des extraits sur les plateformes sociales, où elles rencontrent un vif succès. «Les réseaux sociaux introduisent une logique différente», a-t-il concédé, tout en insistant sur l'importance de cette visibilité.
Un exercice de transparence face aux accusations de déformation
Face aux accusations selon lesquelles ces séquences déformeraient le contenu des auditions, Charles Alloncle a nuancé sa réponse. «Tout dépend de la manière dont elles sont faites», a-t-il déclaré. Il a reconnu qu'une sélection était inévitable sur plusieurs heures d'audition, certains acteurs extérieurs choisissant des passages très ciblés.
Mais le député a défendu sa propre approche : «De notre côté, on a publié des séquences avec des questions et des réponses complètes, dans des formats de plusieurs minutes. Dire qu'il n'y a pas le contexte dans les séquences que j'ai publiées, ce n'est pas vrai». Pour lui, il s'agit avant tout d'un exercice de transparence sur un sujet financé par les citoyens, où rien ne justifierait de cacher ces échanges.
Une figure clivante assumée face aux résistances
Charles Alloncle a également assumé son rôle perçu comme clivant, répondant à ceux qui le qualifient d'«antagoniste». «Dès le début, il y a eu des critiques assez fortes sur ma méthode, parfois avant même d'entrer dans le fond», a-t-il rappelé, évoquant des articles «accablants» à son encontre.
Le député voit dans ces réactions «une forme de réflexe de rejet quand une commission met en lumière des dysfonctionnements». Il a affirmé : «Je suis peut-être seul contre tous, mais quels que soient les coups et les points perdus, ce qui compte c'est de remplir mes missions et d'être efficace».
Il a pointé une contradiction dans les critiques : «Il y a une inquiétude concernant le risque de privatisation de l'audiovisuel public. Mais dans le même temps, dès qu'on essaie de documenter des dysfonctionnements ou de poser des questions de fond, il y a des résistances très fortes».
Au-delà du «spectacle» : l'enjeu du fond
Concernant les accusations d'«auditions spectacle», Charles Alloncle a rétorqué que le risque initial n'était pas le spectacle, mais l'invisibilité. «Une commission d'enquête, par définition, ce n'est pas une table ronde consensuelle. Elle est là pour interroger, parfois de manière incisive», a-t-il rappelé.
Pour le député, la visibilité et les réactions suscitées ne sont pas nécessairement problématiques. «Le vrai enjeu, c'est de ne pas perdre de vue le fond», a-t-il insisté, regrettant que l'on parle aujourd'hui davantage de la forme – extraits, réseaux sociaux, postures – que des constats émergents sur l'état de l'audiovisuel public.
Charles Alloncle a conclu en soulignant que la commission avait fait émerger «des éléments sérieux, sur la gestion, les finances, sur certaines pratiques internes, qui méritent d'être connus», réaffirmant ainsi la nécessité de cette transparence controversée.



