En Turquie, le régime du président Recep Tayyip Erdogan a bâti un véritable capitalisme de connivence, où les liens étroits entre le pouvoir politique et les milieux d'affaires ont permis l'émergence d'une élite économique fortunée, étroitement liée au parti au pouvoir, l'AKP. Ce système, analysé par de nombreux observateurs, repose sur un échange de faveurs : les entrepreneurs proches du régime bénéficient de marchés publics, de prêts bancaires avantageux et de protections juridiques, tandis qu'en retour, ils financent les campagnes électorales et les projets du gouvernement.
Les mécanismes du capitalisme de connivence
Le capitalisme de connivence turc s'est développé à travers plusieurs mécanismes. D'abord, la privatisation massive d'entreprises publiques, amorcée dans les années 2000, a été largement captée par des hommes d'affaires proches de l'AKP. Ensuite, le système bancaire, sous la supervision d'organismes de régulation aux mains du pouvoir, a accordé des crédits à des conditions très favorables à ces mêmes entrepreneurs. Enfin, la justice, souvent instrumentalisée, a protégé ces intérêts en réprimant les concurrents ou les critiques.
L'émergence d'une nouvelle élite économique
Cette connivence a permis l'ascension fulgurante de plusieurs grandes fortunes turques, souvent issues de milieux conservateurs et religieux, en phase avec l'idéologie de l'AKP. Ces nouveaux riches ont investi dans des secteurs clés comme la construction, l'énergie, les médias ou la distribution, créant de vastes conglomérats. Parallèlement, les entreprises laïques et critiques du régime ont été marginalisées, voire réprimées, notamment après la tentative de coup d'État de 2016.
Les conséquences économiques et sociales
Ce système a eu des conséquences importantes pour l'économie turque. D'un côté, il a stimulé une croissance rapide pendant plusieurs années, portée par les investissements dans la construction et les infrastructures. De l'autre, il a généré une bulle spéculative, une inflation galopante et une dépendance excessive aux capitaux étrangers. La livre turque s'est effondrée, et le pays fait face à une grave crise du coût de la vie. Les inégalités se sont creusées, tandis que la corruption et le favoritisme ont miné la confiance dans les institutions.
Un modèle en crise ?
Aujourd'hui, ce modèle de capitalisme de connivence montre des signes d'essoufflement. La crise économique, accentuée par des politiques monétaires non orthodoxes, a fragilisé de nombreux entrepreneurs proches du pouvoir. Certains ont fait faillite, d'autres ont été contraints de céder leurs actifs à des concurrents mieux connectés. Le régime tente de maintenir le système en place par un contrôle accru de l'économie et une répression des opposants, mais les tensions sociales et économiques s'accroissent.
En définitive, le capitalisme de connivence turc illustre les dérives possibles d'un système où les frontières entre l'État et les affaires s'estompent, au détriment de la transparence, de la concurrence et de la démocratie. L'avenir dira si ce modèle peut survivre à la crise actuelle ou s'il devra être profondément réformé.



