Le jour de son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a retiré les États-Unis d'une initiative mondiale de l'OCDE visant à imposer un taux minimum d'imposition de 15 % aux multinationales. Une décision qui a contribué à rendre plus attractifs certains montages fiscaux internationaux et qui aurait permis à de grandes entreprises américaines d'éviter au moins 40 milliards de dollars d'impôts sur les bénéfices depuis le début de l'année 2025, révèle le New York Times dont les journalistes ont eu accès aux documents financiers de près de 500 entreprises cotées.
Selon le titre de presse, plusieurs géants comme American Express, Paypal ou Pepsi "ont échappé à l'impôt en attribuant des centaines de milliards de dollars de bénéfices à des juridictions étrangères à faible imposition ou sans imposition". Dans de nombreux cas, les entreprises "ont acheminé leurs bénéfices via des filiales situées dans des pays où elles n'avaient ni employés, ni bureaux, ni clients", précise ensuite le quotidien. Aussi, American Express a réduit sa facture fiscale de 423 millions de dollars l'année dernière grâce à une structure implantée sur l'île de Jersey, PayPal a presque divisé ses impôts par deux grâce à ses filiales à Singapour, et Stanley Black & Decker - leader mondial des outils de bricolage - a réduit sa facture de 27 millions de dollars, soit près du tiers, en utilisant le régime fiscal chypriote.
Malte se classe également parmi les paradis fiscaux plébiscités par les entreprises américaines. L'île, que l'Union européenne a autorisée à reporter la mise en œuvre de l'impôt minimum de 15 % de l'OCDE à 2029, a vu les bénéfices transférés par les entreprises américaines vers son territoire grimper en flèche. De 134 millions de dollars en 2017 à 5,6 milliards de dollars en 2022, selon l’Observatoire international de la fiscalité. Un chiffre "très probablement bien plus élevé aujourd’hui", selon les experts en fiscalité interrogés par le New York Times.
Des stratégies d'optimisation fiscale qui "n'enfreignent pas nécessairement la loi"
Techniquement, ces stratégies fiscales offshore "n'enfreignent pas nécessairement la loi", note le quotidien américain. Le retrait de l'accord fiscal de l'OCDE acté par Donald Trump permet effectivement aux entreprises américaines de placer leurs bénéfices dans des juridictions favorables, même si une telle pratique va souvent à l'encontre des mesures de contrôle de l'Internal Revenue Service (IRS).
Aussi, le titre new-yorkais rapporte que cette agence gouvernementale notamment chargée de faire respecter les lois fiscales estime que certaines de ces entreprises ont abusé du système, et des experts craignent que les mesures prises par l'administration Trump "faciliteront la mise en place de stratagèmes d'évasion fiscale encore plus agressifs". Car au-delà de son retrait de l’accord mondial négocié par l'OCDE, Donald Trump a pris d'autres décisions qui, selon plusieurs experts, ont facilité certaines stratégies d'optimisation fiscale utilisées par les multinationales américaines.
Même son de cloche du côté de l’Institute on Taxation and Economic Policy. Une analyse menée par le think tank américain et publiée en avril révèle qu’au moins 88 des plus grandes entreprises américaines n’avaient versé aucun impôt fédéral sur les sociétés en 2025. Une situation que les experts expliquent par "au moins en partie, deux séries distinctes de réductions d'impôts sur les sociétés mises en œuvre par l'administration Trump : la loi One Big Beautiful Bill Act (BBB) de l'année dernière et la loi de 2017 sur les réductions d'impôts et l'emploi (TCJA)".
Big Beautiful Bill et autres textes de l'administration Trump
D'un côté, le BBB initié par Donald Trump a permis à de nombreuses entreprises "d'amortir immédiatement leurs investissements en capital, ce qui a réduit leur charge fiscale collective de 11,4 milliards de dollars", indique le site d'information Common Dreams, sur la base du rapport de l'institut de fiscalité et de politique économique.
Quant au TCJA de 2017 - deuxième responsable pointé par le Think Tank américain - pendant le premier mandat du milliardaire est un vaste plan de réductions d'impôts d'environ 5,5 milliards de dollars sur dix ans, présenté comme une mesure de lutte contre l'évasion fiscale. Pourtant, ce texte qui incluait quelques nouvelles taxes, dont une sur les bénéfices transférés vers des paradis fiscaux, a largement profité aux entreprises. En effet, la disposition avait aussi une échappatoire : "elle autorisait les entreprises à mélanger les bénéfices et les impôts déclarés dans des pays comme l'Allemagne, la France ou le Japon avec les revenus déclarés dans des paradis fiscaux comme les îles Caïmans", permettant ainsi à de nombreuses entreprises d'échapper à la nouvelle taxe offshore, relève le New York Times.
En outre, plus de 30 entreprises sont, en partie, parvenues à ne payer aucun impôt grâce à un nouvel allègement fiscal rétroactif instauré par les parlementaires républicains, indique l'Institut de fiscalité et de politique économique. "Cette loi a permis aux entreprises de déduire immédiatement leurs dépenses de recherche et développement, plutôt que de les amortir dans le temps comme l'exigerait l'amortissement économique", détaille le Think Tank qui estime que ces entreprises ont réduit "leur impôt sur le revenu de 2025 d'au moins 4,4 milliards de dollars". Aussi, au-delà des géants mentionnés plus tôt, certaines firmes ont échappé à l'impôt alors même qu'elles dépendent de financements fédéraux, indique le New York Times. Entre autres, Honeywell, qui a reçu plus de 30 milliards de dollars du ministère de la Défense sur les dix dernières années, a réduit son taux d’imposition de plus d’un quart en 2025 - soit 301 millions de dollars - grâce à des filiales suisses.
Les révélations du New York Times s'appuient notamment sur l'obligation de divulgation imposée par la réglementation comptable fédérale. Pour la première fois, dans les rapports annuels, les sociétés cotées en Bourse sont tenues d'inclure des notes de bas de page indiquant le montant exact des impôts évités dans chaque juridiction étrangère. Toutefois, "le véritable gain tiré de ces manœuvres est probablement bien supérieur aux 40 milliards de dollars indiqués dans les déclarations", a estimé Anh Persson, professeure de comptabilité à l'université de l'Illinois, dans les colonnes du titre de presse américain.



