Des insultes et des purges : la méthode Trump
Le président américain Donald Trump n'hésite pas à qualifier ses opposants de "crétin" déloyal, "cinglé" ou "gros dégueulasse". Sa cible : le député républicain Thomas Massie, excommunié pour avoir osé défier sa politique. Élu du Kentucky, Massie s'était opposé à Trump sur plusieurs dossiers, notamment en co-écrivant une loi forçant la déclassification des dossiers Epstein et en proposant une résolution pour mettre fin à la guerre en Iran.
Lors de la primaire républicaine du 19 mai, Massie n'a recueilli que 45 % des voix contre 55 % pour son adversaire Ed Gallrein, un candidat soutenu par Trump. Après sept mandats, le parlementaire a perdu son siège pour avoir défié le président. Trump avait personnellement adoubé Gallrein, un fidèle de la mouvance Maga, et n'avait pas hésité à intervenir dans la campagne, appelant les électeurs à "dégager le clochard" sur son réseau Truth Social.
Un système d'allégeance impitoyable
Cette purge n'est pas un cas isolé. Trump s'en prend désormais au Parlement après avoir nettoyé son administration. Peu avant le scrutin dans le Kentucky, il avait ciblé le sénateur de Louisiane Bill Cassidy, qui avait voté pour sa destitution après l'assaut du Capitole. Malgré les tentatives de Cassidy pour se racheter, Trump a soutenu la députée Julia Letlow, qui a remporté la primaire avec 44,8 % des voix contre 24,8 % pour Cassidy.
Selon Dominique Simonnet, auteur spécialiste des États-Unis, ces purges instaurent un "système d'allégeance" à l'approche des midterms. Le président a besoin de s'entourer de partisans loyaux, prêts à tout pour sa victoire, même à contester des élections. Ces exécutions publiques servent aussi à discipliner les troupes républicaines : tout élu dissident risque le même sort. "C'est un fonctionnement quasi mafieux, il faut une adhésion totale au parrain", analyse Simonnet.
Des électeurs qui suivent Trump
Malgré les accusations d'atteinte à la démocratie, les purges de Trump profitent de la fidélité de sa base. Les électeurs républicains préfèrent les candidats approuvés par le président aux élus locaux. Selon Simonnet, la base trumpiste se divise en deux groupes : les fidèles absolus, qui voient en Trump un leader quasi mystique, prêts à le suivre "jusqu'en enfer"; et ceux qui soutiennent ses idées, notamment sur le pouvoir d'achat, face à des démocrates jugés incapables.
Les électeurs, préoccupés par leur vie quotidienne, font ce qui est le mieux pour eux. Ainsi, Trump ressort doublement gagnant des primaires : ses candidats l'emportent, démontrant sa mainmise sur le parti.
Une stratégie risquée
Trump semble imperméable aux critiques. Entouré de fidèles admirateurs, il refuse les objections et n'écoute que ceux qui lui disent ce qu'il veut entendre. Cependant, cette stratégie vengeresse pourrait lui coûter cher en novembre. En s'aliénant les républicains modérés et les indépendants, il risque de perdre des voix. Mais Trump balaie ces inquiétudes : "Ils veulent gagner. Je sais comment gagner – je pense l’avoir prouvé, non ?"
Comme le souligne Simonnet, les midterms sont encore loin, et l'électorat pourrait oublier ces controverses d'ici là. Mais le temps joue-t-il en faveur de Trump ?



