Tramway et usine CSR : débats houleux à la Métropole de Montpellier
Tramway et CSR : débats houleux à Montpellier

Le conseil de la Métropole de Montpellier, réuni pendant près de cinq heures, a examiné 88 dossiers, mais l'essentiel des débats a porté sur deux projets controversés : le prolongement du tramway vers l'aéroport Montpellier-Méditerranée et la transformation de l'usine Ametyst en unité de production de combustibles solides de récupération (CSR). Les deux délibérations ont été adoptées, mais avec des abstentions et des voix contre.

Un tramway vers l'aéroport, un projet à 70-80 millions d'euros

Dès l'ouverture de la séance, la question du prolongement du tramway jusqu'à l'aéroport Montpellier-Méditerranée a été au centre des échanges. Julie Frêche, vice-présidente chargée des mobilités, a défendu ce projet avec une ambition affichée : « Mettre fin à des décennies d'incohérence, où Montpellier était la seule ville de France à ne pas desservir par les transports en commun l'aéroport qui porte son nom. » Elle a plaidé pour privilégier la ligne 3 du tramway afin de relier la gare Saint-Roch à l'aéroport.

Cette perspective devra passer par une étude, à intégrer dans le vaste projet de Service express régional métropolitain (Serm). Pour ces deux kilomètres de voies nouvelles sur le territoire voisin, la première estimation atteint 70 à 80 millions d'euros. Une somme « partagée », a promis Michaël Delafosse, entre l'État, propriétaire de 60 % de l'aéroport, et les différentes collectivités.

Le choix de l'aéroport critiqué, la question du kérosène en débat

Le choix de desservir l'aéroport a suscité des critiques, notamment sur le plan écologique. Julia Mignacca (Les Verts populaires) a dénoncé une « politique d'un autre âge » qui consiste à « doper l'aéroport à grands coups de kérosène ». Même au sein de la majorité, Marie Massart a regretté que le renforcement des bus ou la création d'un bustram n'aient pas été privilégiés. Antoine Bertrand (LFI) a également questionné le signal envoyé en faveur du trafic aérien dans un contexte de dérèglement climatique.

Michaël Delafosse a répliqué : « Si vous voulez fermer l'aéroport Montpellier-Méditerranée, c'est non ! », défendant un équipement indispensable à une « ville-monde » et une desserte utile aux 11 000 travailleurs de la zone, qui ont besoin d'alternatives à la voiture. Le prix du carburant s'est d'ailleurs invité à plusieurs reprises dans les échanges, chacun l'utilisant pour défendre son argumentaire. La délibération a été adoptée sans voix contre, mais avec 13 abstentions.

La question du tramway à la mer a également été évoquée. Si la coopération avec le Pays de l'Or a été saluée, plusieurs élus ont regretté qu'elle ne permette pas d'aller plus loin, vers le littoral. « Le tramway à la mer n'a jamais été une promesse », a recadré Julie Frêche. Michaël Delafosse a rappelé que le prolongement vers le port, estimé à 140 millions d'euros, n'avait pas été retenu par les voisins, qui privilégient l'aéroport. « Pour une coopération, il faut être deux », a insisté le président, qui a aussi fermé la porte à l'élargissement de la Métropole : « C'est fini, terminé ! »

Ametyst : la transformation en unité de CSR suscite l'inquiétude

Autre dossier inflammable : la transformation d'Ametyst en unité de production de CSR. Une usine, des rejets potentiellement polluants dans une zone densément peuplée… Les inquiétudes exprimées par plusieurs élus étaient vives. Julia Mignacca a réclamé « un moratoire », indignée de voir les élus se prononcer alors que l'enquête publique vient de commencer. Salim Jawhari a, lui, interrogé la nécessité de construire une nouvelle installation plutôt que d'examiner les possibilités offertes à Sète et à Lunel-Viel.

Pierre-Marie Carvajal, vice-président chargé des déchets, a réagi : « Nous devons être capables de traiter nos déchets sans compter sur les autres territoires. » Emmanuelle Hysonia, élue de Saint-Jean-de-Védas, a alerté sur « l'effet cumulé avec le Contournement ouest et les nombreux camions qui viendront chaque jour déposer les déchets ». Pierre-Marie Carvajal a promis des contrôles stricts : « Je ne vous demande évidemment pas juste de me faire confiance, je comprends vos inquiétudes. »

Michaël Delafosse a renchéri : « Nous serons extrêmement exigeants, méfiants même. » Avant de mettre les opposants au défi : « Où allez-vous mettre les déchets ? À Fabrègues, Castries, au Mas Dieu ? Aucun opposant ne propose de solution alternative. C'est facile d'être contre, mais vous devez dire où ! J'aurais préféré ne pas avoir ce débat. »

L'exécutif a finalement obtenu un avis favorable, malgré 12 voix contre et 10 abstentions. La décision sur les autorisations environnementales et le permis de construire appartient désormais au préfet.