Si l'intelligence artificielle (IA) tient les promesses vantées par ses producteurs – agents autonomes, révolution médicale… –, elle va bouleverser de fond en comble l'économie mondiale, à commencer par nos modèles sociaux, déjà fragilisés par la crise des finances publiques. Intégrée dans chaque entreprise, cette technologie permettrait de tels gains de productivité qu'elle pourrait finir par détruire beaucoup d'emplois qualifiés et bien payés. Et même si, comme le veut le concept schumpétérien de « destruction créatrice », de nouveaux métiers apparaissent, on court à moyen terme le risque d'un chômage de masse. En outre, l'essor de l'IA est susceptible de creuser davantage le fossé entre ceux qui y ont accès et les autres, aggravant encore les inégalités.
Un concours Lépine de remèdes non conventionnels
Le tsunami que représente l'intelligence artificielle pourrait avoir de telles conséquences socio-économiques qu'il donne déjà lieu à un « concours Lépine » de remèdes économiques non conventionnels. Certains concepts sont proposés à la fois par des progressistes et par les champions ultralibéraux de l'industrie de l'IA, qui craignent d'être les premières victimes d'une révolte anti-tech déjà amorcée.
Taxe robot : une idée qui refait surface
Parmi les propositions, la taxe robot revient sur le devant de la scène. L'idée est de taxer les entreprises qui remplacent des employés par des machines ou des logiciels d'IA, afin de financer la protection sociale ou la formation des travailleurs déplacés. Cette taxe, défendue par certains économistes et hommes politiques, vise à ralentir l'automatisation et à redistribuer les gains de productivité. Cependant, elle est critiquée par les libéraux qui y voient un frein à l'innovation.
Revenu universel : une solution pour l'ère post-emploi
Le revenu universel, ou revenu de base, est une autre piste explorée. Il s'agirait de verser à chaque citoyen une somme d'argent inconditionnelle, quel que soit son statut professionnel. Pour ses partisans, ce dispositif permettrait de faire face à la disparition massive d'emplois et de garantir un niveau de vie minimal. Des expérimentations ont eu lieu dans plusieurs pays, avec des résultats mitigés. Le débat reste vif sur son financement et ses effets sur l'incitation au travail.
Fonds souverain : capitaliser sur l'IA
Un fonds souverain adossé aux bénéfices de l'IA est également envisagé. L'idée est de créer un fonds public, alimenté par une taxe sur les profits des entreprises d'IA ou par une partie de la valeur générée, qui servirait à financer des biens communs ou à redistribuer les richesses. Ce mécanisme s'inspire de modèles existants, comme ceux des pays pétroliers. Il permettrait de transformer les gains de productivité en investissements sociaux.
Des solutions radicales mais controversées
Ces propositions, bien que séduisantes sur le papier, se heurtent à des obstacles politiques et économiques. Leur mise en œuvre nécessiterait une coordination internationale inédite, alors que les États peinent déjà à s'entendre sur des sujets comme la fiscalité des géants du numérique. De plus, certains experts doutent de l'efficacité de ces mesures face à la rapidité des changements technologiques.
Selon Dominique Nora, journaliste économique, « jamais, dans l'histoire, l'adoption d'une innovation n'a été aussi rapide ». Seul un accord sur un improbable moratoire mondial entre les champions américains et chinois du secteur (ou un sévère krach boursier) est désormais susceptible de ralentir la course folle vers des IA toujours plus puissantes.



