Le ministre délégué à l'Industrie, Roland Lescure, a affirmé ce vendredi qu'il ne s'opposerait pas à une éventuelle surtaxation de TotalEnergies, tout en appelant à une réflexion mesurée sur le sujet. Interrogé sur France Info, il a déclaré : « Je ne m'y opposerai pas, mais il faut être très prudent. » Cette prise de position intervient alors que le géant pétrolier français réalise des bénéfices records, suscitant des appels à une taxation accrue de la part de plusieurs partis politiques.
Un contexte de profits record
TotalEnergies a annoncé des bénéfices nets de 20,5 milliards d'euros pour l'année 2022, un chiffre historique porté par la flambée des prix du pétrole et du gaz. Ces résultats ont relancé le débat sur la taxation des superprofits, notamment dans le secteur énergétique. Le gouvernement, tout en se montrant favorable à une contribution exceptionnelle des entreprises, reste prudent sur une mesure qui pourrait affecter la compétitivité et les investissements.
La position du gouvernement
Roland Lescure a rappelé que le gouvernement avait déjà mis en place un mécanisme de contribution sur les rentes inframarginales, mais que la situation de TotalEnergies nécessitait une approche spécifique. « Il ne faut pas pénaliser une entreprise qui investit massivement dans la transition énergétique », a-t-il souligné, mentionnant les 18 milliards d'euros d'investissements prévus par TotalEnergies en 2023, dont une partie dans les énergies renouvelables.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de coordonner une éventuelle surtaxation au niveau européen, afin d'éviter une distorsion de concurrence. « Une taxation isolée en France pourrait inciter TotalEnergies à délocaliser ses activités », a-t-il averti.
Réactions politiques
Les réactions ne se sont pas fait attendre. À gauche, plusieurs députés ont salué cette ouverture, tout en estimant qu'il fallait aller plus loin. Le député LFI François Ruffin a déclaré : « Roland Lescure admet enfin ce que nous disons depuis des mois. Il faut maintenant une taxe immédiate et significative. » De son côté, la députée écologiste Sandrine Rousseau a appelé à une taxation de 100 % des superprofits, une proposition jugée irréaliste par l'exécutif.
À droite, Les Républicains ont exprimé leur opposition à toute nouvelle taxe, jugeant qu'elle freinerait l'investissement et l'emploi. Le député LR Éric Ciotti a estimé que « taxer davantage TotalEnergies, c'est taxer les Français et leur pouvoir d'achat ».
Les enjeux pour TotalEnergies
TotalEnergies, qui emploie plus de 100 000 personnes dans le monde, dont 35 000 en France, est un acteur majeur de l'économie nationale. L'entreprise a annoncé un plan d'investissement de 18 milliards d'euros pour 2023, dont 5 milliards dédiés aux énergies bas carbone. Une surtaxation pourrait remettre en cause ces investissements, selon la direction.
Le PDG Patrick Pouyanné a récemment déclaré que « toute taxe supplémentaire serait un frein à la transition énergétique ». Il a également menacé de réduire les investissements en France si la pression fiscale devenait trop forte.
Quelle suite ?
Le gouvernement devrait trancher dans les prochaines semaines. Plusieurs options sont sur la table : une taxe exceptionnelle sur les bénéfices, une contribution sur les rachats d'actions, ou encore un renforcement de la fiscalité sur les dividendes. Roland Lescure a plaidé pour une solution « pragmatique et ciblée », qui préserve les intérêts de l'État tout en maintenant la compétitivité de l'entreprise.
Cette annonce intervient dans un contexte de tension sociale, alors que les Français subissent une inflation élevée et que le pouvoir d'achat reste une préoccupation majeure. Le gouvernement espère ainsi répondre aux attentes tout en évitant une crise avec un acteur économique clé.



