Sarkozy en appel : la défense dénonce un « roman grotesque »
Sarkozy en appel : la défense dénonce un « roman grotesque »

Au dernier jour du procès en appel sur le financement libyen de la campagne de 2007, les avocats de l’ancien président Nicolas Sarkozy ont plaidé la relaxe en fustigeant les accusations portées contre lui. La défense de Nicolas Sarkozy a fustigé le « roman grotesque » des accusations de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, mercredi en ouverture de la dernière journée du procès en appel consacrée aux plaidoiries des avocats de l’ancien chef de l’État.

« Cela fait treize ans qu’on cherche », « qu’on fouille », « qu’on perquisitionne en France, en Suisse, en Libye, au Liban », « qu’on place en garde à vue », « qu’on essaie de donner de la consistance aux folles accusations d’un financement libyen de la campagne de 2007 », et « qu’on cherche à impliquer Nicolas Sarkozy dans ce roman grotesque », a déclaré Me Christophe Ingrain, premier des quatre avocats de l’ancien président attendus à la barre, qui vont demander sa relaxe.

Les réquisitions du parquet général

Le désignant comme l'« instigateur » d’un pacte de corruption avec la Libye du dictateur Mouammar Kadhafi, au « plus haut niveau de gravité que la République puisse connaître », le parquet général a réclamé sept ans de prison contre l’ancien chef de l’État de 71 ans, pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de sa campagne victorieuse avec de l’argent public libyen détourné. C’est la peine la plus lourde réclamée contre les dix prévenus, y compris l’ancien secrétaire général Claude Guéant, 81 ans, qui encourt six années. Le président de la cour d’appel, Olivier Géron, qui doit donner la parole une dernière fois à Nicolas Sarkozy en fin de journée, rendra son arrêt le 30 novembre.

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Au fil d’une affaire déclenchée en 2011 par des accusations non étayées du fils de Kadhafi, Saïf al-Islam, puis des révélations de « Mediapart » en 2012, Nicolas Sarkozy a évoqué une « fable », une « calomnie », une « manipulation », ou encore fustigé « la haine » des juges, qui en première instance l’avaient condamné à cinq ans de prison, l’envoyant 20 jours à la prison parisienne de la Santé, incarcération inédite pour un ancien président de la République. Depuis l’ouverture du procès en appel le 16 mars, l’ancien chef de l’État s’est montré plus sobre dans la forme.

La position de l’ancien président

Sur le fond, il n’a pas varié : « pas un centime » d’argent libyen n’a atterri dans sa campagne, il n’a jamais envisagé et encore moins préparé un tel financement qui, selon la thèse de l’accusation, aurait eu diverses contreparties, notamment un examen de la situation pénale du numéro 2 du régime, Abdallah Senoussi, condamné à la perpétuité en France pour avoir commandité l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989 (170 morts dont 54 citoyens français).

Pas plus que le parquet général, sa proclamation d’innocence n’a convaincu les parties civiles, associations anticorruption et familles des victimes de l’attentat. Leurs avocats ont dénoncé la « défense de voyous » des prévenus derrière « le patron, M. Sarkozy » qui, face aux « questions qui l’embarrassent », a répondu « je ne me souviens pas » ou « les autres se trompent ».

L’ancien chef de l’État a aussi dû affronter la spectaculaire défection de son ancien plus proche collaborateur, Claude Guéant, empêché par sa santé d’assister aux débats mais qui n’a pas supporté d’apprendre que son ancien patron mettait en cause sa probité à la barre. Sans incriminer explicitement Nicolas Sarkozy, il a pour la première fois contredit son ancien patron dans deux écrits à la cour. Il a surtout envoyé son avocat livrer en guise de plaidoirie une charge assassine mardi : Me Philippe Bouchez El Ghozi a dénoncé « la cruauté », le « cynisme » de l’ancien chef de l’État. La ligne de défense de Nicolas Sarkozy se résume à « C’est pas moi, c’est les autres ! », a-t-il cinglé.

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Les enjeux d’une décision judiciaire

Certes, Claude Guéant nie toujours tout pacte de corruption ou toute association de malfaiteurs. Mais en le contredisant, son ancien homme lige a incontestablement fragilisé l’ancien chef de l’État qui, autant que sa liberté, joue sa postérité. En cas de condamnation, il lui restera un recours, un pourvoi devant la Cour de cassation. Celle-ci ne se penchera toutefois pas sur le fond du dossier mais sur le respect des règles de droit. Une condamnation qui sanctionnerait un pacte de corruption avec une puissance étrangère, qui plus est une dictature criminelle, laisserait un stigmate plus profond que celles, définitives, dans les affaires dites des écoutes et Bygmalion.