Alors que la santé mondiale semble absente des agendas électoraux, la France continue d'y consacrer des montants conséquents, mais en baisse. En 2024, elle a alloué 1,5 milliard d'euros, dont 60 % vers des organismes multilatéraux comme l'OMS, le Fonds mondial, Gavi, et le reste en aides bilatérales. Pourtant, dans un contexte d'endettement et de priorités de défense, la question se pose : la santé mondiale doit-elle rester une priorité pour la France ?
Des risques multiples et interconnectés
Le monde fait face à des risques multiples et interconnectés. La crise climatique expose à des catastrophes naturelles, comme les vagues de chaleur en Europe. Le phénomène El Niño, particulièrement puissant cette année, devrait causer sécheresses, canicules, feux de forêts, cyclones et inondations. Les maladies infectieuses émergentes restent un risque majeur. La crise du Covid-19 a bouleversé l'ordre mondial, causant 25 millions de décès et coûtant plus de 10 000 milliards de dollars, selon les économistes. Les alertes récentes du Mpox, de l'Hantavirus et d'Ebola rappellent notre vulnérabilité.
La baisse de la fécondité, avec un pic de population mondiale attendu vers 2080, et le vieillissement accroîtront les tensions économiques et sur les systèmes de santé. L'accès à l'eau douce, qui ne représente que 3 % des réserves mondiales, dont seulement 0,7 % disponible pour la consommation, est un enjeu crucial. Les solutions doivent se discuter au niveau international, par des diplomates et des scientifiques. L'accès aux soins et à une alimentation de qualité pour huit milliards d'êtres humains est aussi une priorité. L'augmentation de l'obésité, liée aux aliments ultratransformés, nécessite une approche intersectorielle "One Health".
L'IA, un défi et un atout
L'intelligence artificielle représente un défi majeur dans le secteur de la santé. Elle offre des opportunités pour les pays à ressources limitées, mais pose des questions de souveraineté des données et de cybersécurité. Les enjeux économiques et géopolitiques sont souvent réglés dans des négociations diplomatiques où la France et l'Europe doivent défendre leurs intérêts et le bien commun.
La France, l'un des principaux contributeurs en santé mondiale, participe à de nombreuses initiatives, mais peine à garder un rôle moteur. En 2020, le président Macron avait annoncé la création d'un groupe d'experts de haut niveau sur le modèle du Giec, coordonné par l'OMS, la FAO, l'Organisation mondiale de la santé animale et l'Unep. Malheureusement, cette initiative peine à se rendre visible. Plusieurs sommets du G7 et du G20 ont évoqué le nécessaire investissement dans les politiques One Health.
Un multilatéralisme en crise
Selon un référé de la Cour des comptes rendu public en février 2023, la France dispose d'une expertise scientifique et d'une diplomatie reconnues, mais sa politique est trop dispersée. La Cour souligne : "L'absence de coordination interministérielle efficace nuit à la capacité de la France à définir et défendre une stratégie de santé mondiale."
L'administration Trump a marqué un déclassement de l'aide multilatérale au profit du bilatéralisme. La France a réduit de 70 % son aide au Fonds mondial. Pourtant, le multilatéralisme a permis d'éradiquer la variole en 1980 et de monter le programme Covax. Les diplomates consultés sont quasi unanimement en faveur d'un rééquilibrage de l'aide bilatérale, invoquant une meilleure traçabilité de l'argent.
En 2027, l'OMS et le Fonds mondial choisiront un nouveau directeur général, et l'ONU un nouveau secrétaire général. Ce pourrait être l'occasion d'une refonte du multilatéralisme. La France et le monde francophone devront renforcer leur place dans ces instances. La Cour des comptes recommande : "Sans une véritable politique de ressources humaines dans les organisations internationales, la France ne parvient pas à y placer et maintenir ses experts."
Vers une gouvernance mondiale de la santé
Il n'existe pas d'organe de régulation de la santé mondiale. Le calendrier vaccinal des enfants n'est pas harmonisé au sein de l'UE, et il n'existe aucune stratégie commune pour la prévention des maladies chroniques. L'OMS devrait jouer ce rôle, mais sa gouvernance reste très politique. L'accord de l'OMS sur les pandémies, accepté en mai 2025 après trois ans de négociations, n'a été ratifié par aucun État membre.
L'UE a créé des agences comme l'ECDC, l'EMA et Hera, mais leur influence reste modeste. Il est urgent de refonder la gouvernance des agences multilatérales avant de leur confier davantage de droits et de devoirs. L'empreinte écologique de huit milliards d'habitants est colossale, et les inégalités sociales de santé sont criantes. Un effort massif mondial est nécessaire, respectueux de la souveraineté de chaque nation.
La France doit se doter d'une stratégie d'influence concrète en santé mondiale, comme elle l'a fait lors de la création du Fonds mondial ou d'Unitaid. L'année 2027 sera riche de changements. La France décidera-t-elle de maintenir la santé mondiale comme une priorité et d'assumer le rôle international attendu ?



