Le transfert de Malick Fofana à Sunderland, conclu mardi soir en toute fin de mercato, a été orchestré par Roc Nation, l'agence fondée par le rappeur Jay-Z. Selon plusieurs témoignages, l'agence aurait privilégié les commissions des agents au détriment du projet sportif du joueur, suscitant la controverse dans le monde du football.
Des méthodes qui font débat
Dès 2015, Roc Nation annonçait vouloir s'imposer dans le football européen avec une approche différente. Michael Yormark, directeur de la branche sportive, déclarait dans L'Équipe : « On a regardé comment les agents faisaient leurs affaires en Europe, comment ils représentaient leurs joueurs et on a compris qu'il y avait la place, pour nous, de le faire différemment ! »
Le cas de Malick Fofana illustre cette méthode. Alors qu'un accord de principe avait été trouvé avec Crystal Palace, Sunderland a finalement remporté la mise. Selon nos informations, le choix s'est porté sur le club où les commissions perçues par les agents étaient les plus élevées, et non sur le meilleur projet sportif ou le meilleur salaire pour le joueur.
L'influence de l'oncle de Fofana
Pour convaincre le joueur, Roc Nation aurait utilisé l'influence de son oncle, qui aurait une immense influence sur le jeune homme de 21 ans. Ce dernier, bombardé recruteur pour la Belgique par Roc Nation sans formation adéquate, aurait fait plier son poulain en lui promettant le gros lot après avoir soutiré le plus possible aux Black Cats.
Ces méthodes font bondir Franck Belhassen, agent de joueurs : « Roc Nation est en train de pourrir le métier d'agent », déclare-t-il. « Peut-on d'ailleurs encore parler de joueur ? À ce niveau là, on est plus sur de la marchandise qu'autre chose… En quasiment trente années de carrière je n'ai jamais forcé un joueur à signer dans un club où il ne voulait pas aller. »
Une stratégie de la cupidité
Marc Méchénoua, spécialiste du marché des transferts, connaît bien les méthodes de Roc Nation pour avoir travaillé sur le dossier Yan Diomandé, proche de signer au PSG cet été avant que le Real Madrid ne propose une meilleure commission aux agents. Selon lui, « Roc Nation est une agence qui joue à fond sur la cupidité des entourages, auxquels ils promettent monts et merveilles, parfois même des postes au sein de leur structure, afin qu'ils pèsent de tout leur poids dans la décision du joueur de choisir tel club plutôt qu'un autre. »
Maxence Franceschi, économiste du sport à l'Université de Lausanne, estime que « le choix semble avoir été guidé non pas par l'intérêt du joueur mais par celui d'un intermédiaire, qui gagne de l'argent sur son transfert. Si un club avait simplement proposé un meilleur salaire que l'autre, il n'y aurait rien eu de choquant. Là, ce qui pose problème, c'est que tout semble s'être joué sur une histoire de commissions. Je pense qu'on est à la limite de la légalité dans ce deal. »
Un joueur affecté
Malick Fofana, qui se voyait rejoindre Arsenal et Mikel Arteta mardi matin, a vu son transfert prendre une autre direction. Les Gunners ont préféré passer leur tour plutôt que de rentrer dans le jeu des Américains. Le joueur, affecté par cette journée mouvementée, n'affichait pas le visage de ses beaux jours lors de l'annonce de son arrivée à Sunderland.
Franck Belhassen espère que cet épisode fera ouvrir les yeux aux joueurs : « J'espère que cet épisode fera ouvrir les yeux aux joueurs et qu'ils se rendront compte que le rôle d'un agent et celui de ses proches, c'est de les aider à faire la meilleure carrière possible, dans des clubs dont les projets sportifs les attirent et les rendent heureux. » Roc Nation n'a pas donné suite à nos demandes à l'heure où nous publions ces lignes.
Charge à Régis Le Bris, le coach français des Black Cats, de redonner le sourire à son nouveau joueur et de lui redonner l'envie de se défoncer pour ses nouvelles couleurs.



