Moins d'un mois après avoir acquis le célèbre grand magasin parisien BHV (Bazar de l'Hôtel de Ville), les nouveaux propriétaires, le groupe immobilier SGM et la société d'investissement Altarea, sont déjà en conflit ouvert avec leur bailleur, la mairie de Paris. En cause : les conditions financières du bail commercial, que les repreneurs jugent excessives et contraires à leurs engagements de maintien de l'activité.
Des loyers jugés trop élevés
Selon une source proche du dossier, le loyer annuel demandé par la ville s'élèverait à 12 millions d'euros, soit une augmentation de 30 % par rapport au précédent bail signé en 2015 par l'ancien propriétaire, le groupe Galeries Lafayette. Les nouveaux propriétaires estiment que ce montant met en péril la viabilité économique du magasin, qui emploie 450 salariés et attire 8 millions de visiteurs par an.
Dans un communiqué commun, SGM et Altarea dénoncent « des conditions locatives qui ne reflètent pas la réalité économique du commerce de détail à Paris » et réclament une renégociation « urgente » du bail. Ils menacent de saisir la justice si aucun accord n'est trouvé d'ici la fin de l'année.
La mairie de Paris défend sa position
De son côté, la mairie de Paris, propriétaire des murs du BHV depuis 2012, justifie le montant du loyer par la nécessité de « valoriser le patrimoine public » et de financer des projets d'urbanisme dans le quartier de l'Hôtel de Ville. Emmanuel Grégoire, premier adjoint chargé de l'urbanisme, a déclaré : « Nous avons proposé un loyer en ligne avec les prix du marché pour les surfaces commerciales de cette envergure. Le BHV bénéficie d'une localisation exceptionnelle, et il est normal que la collectivité en tire un juste revenu. »
Il a également rappelé que la ville avait accepté de réduire le loyer de 15 % pendant les trois premières années pour faciliter la transition, une concession que les propriétaires jugent insuffisante.
Un conflit aux répercussions économiques
Ce bras de fer intervient dans un contexte difficile pour le commerce parisien, marqué par la baisse de fréquentation des grands magasins et la concurrence du e-commerce. Le BHV, spécialisé dans le bricolage, la décoration et la mode, a vu son chiffre d'affaires chuter de 12 % en 2025, à 180 millions d'euros, selon des données internes. Les nouveaux propriétaires avaient promis un plan de relance de 20 millions d'euros sur cinq ans, mais conditionnent désormais ces investissements à une révision du bail.
Les syndicats du personnel s'inquiètent des conséquences pour l'emploi. « Ce conflit met en danger les 450 postes du magasin. Nous demandons aux deux parties de trouver un accord rapidement pour ne pas pénaliser les salariés », a déclaré Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dans un communiqué.
Vers une médiation ou une action en justice ?
Les discussions devraient reprendre la semaine prochaine sous l'égide d'un médiateur nommé par le tribunal de commerce de Paris. En cas d'échec, les propriétaires pourraient déposer un référé pour contester le montant du loyer, une procédure qui pourrait durer plusieurs mois. La mairie, de son côté, se dit ouverte à la négociation mais exclut toute baisse significative du loyer.
Ce conflit rappelle celui qui avait opposé en 2023 les Galeries Lafayette à la ville de Paris pour le loyer du magasin des Champs-Élysées, finalement résolu par une réduction de 10 % du loyer. Les observateurs estiment qu'un compromis similaire pourrait être trouvé pour le BHV, mais les positions semblent pour l'instant irréconciliables.



