Le débat sur la taxation des véhicules électriques refait surface en France. Alors que l'État doit compenser la baisse des recettes fiscales liée à l'abandon progressif des carburants fossiles, une taxe sur l'électricité utilisée pour recharger les voitures électriques est envisagée. Selon une source proche du ministère de l'Économie, cette piste est étudiée dans le cadre de la prochaine loi de finances.
Un enjeu fiscal majeur
La fiscalité des carburants rapporte environ 40 milliards d'euros par an à l'État. Avec l'essor des véhicules électriques, cette manne pourrait diminuer de 30 % d'ici 2030, estime une étude du Comité pour l'économie verte. Pour compenser, Bercy cherche de nouvelles sources de revenus. « Il serait irresponsable de ne pas anticiper cette perte de recettes », a déclaré un haut fonctionnaire sous couvert d'anonymat.
Les options sur la table
Plusieurs pistes sont évoquées : une taxation à la recharge sur les bornes publiques, une hausse de la TVA sur l'électricité domestique dédiée à la recharge, ou encore une vignette spécifique. « La solution la plus équitable serait une taxe au kilomètre, mais elle soulève des problèmes de vie privée », explique un expert fiscal. En 2023, la France comptait plus de 1,5 million de véhicules électriques et hybrides rechargeables, soit une augmentation de 40 % par rapport à 2022.
Réactions politiques et associatives
Les associations d'automobilistes s'opposent fermement. « Taxer l'électricité verte, c'est freiner la transition énergétique », s'indigne le président de l'Automobile Club Association. À gauche, certains députés appellent à taxer les superprofits des constructeurs plutôt que les usagers. Le ministre de la Transition écologique a tempéré : « Aucune décision n'est prise, nous devons concilier justice sociale et neutralité carbone. »
Comparaison avec nos voisins
Plusieurs pays européens ont déjà franchi le pas. L'Allemagne applique une taxe sur l'électricité spécifique aux bornes de recharge. La Norvège, pourtant pionnière du véhicule électrique, a introduit des péages urbains différenciés. En France, le débat reste vif. « Il faut éviter un baiser fiscal qui découragerait les acheteurs potentiels », avertit un économiste spécialisé.
Quel impact pour les consommateurs ?
Si une taxe de 0,10 € par kWh venait à être instaurée, le coût du plein d'électricité augmenterait d'environ 5 € pour une batterie de 50 kWh. Cela représenterait une hausse de 20 % du coût d'utilisation par rapport à une recharge à domicile actuellement. Les ménages les plus modestes pourraient être pénalisés, d'autant que l'électricité est déjà soumise à des taxes élevées.
Le gouvernement doit rendre ses arbitrages d'ici l'automne. Entre impératifs budgétaires et promesses écologiques, le chemin est étroit. Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer.



