Le monde de la psychologie pour enfants est secoué par un affrontement public entre deux figures emblématiques : Caroline Goldman, psychologue clinicienne et psychanalyste, et Isabelle Filliozat, psychothérapeute et autrice à succès. Leur désaccord porte sur l'éducation positive, une approche qui prône l'écoute et la bienveillance, mais que Goldman considère comme une dérive dangereuse. Ce clash, relayé par les médias et les réseaux sociaux, met en lumière une fracture profonde au sein de la profession.
Les origines du conflit
Tout commence en 2023, lorsque Caroline Goldman publie un ouvrage intitulé Pourquoi ? dans lequel elle critique ouvertement les méthodes de Filliozat. Elle y dénonce une éducation positive qui, selon elle, laisse trop de place aux émotions de l'enfant et pas assez à l'autorité parentale. Goldman affirme que cette approche peut conduire à des enfants "tyrans" et à des parents épuisés. Elle plaide pour un retour à un cadre plus strict, avec des limites claires et des punitions adaptées.
Isabelle Filliozat, de son côté, défend une éducation bienveillante, fondée sur l'empathie et la communication non violente. Elle a vendu plus de 500 000 exemplaires de ses livres, dont J'ai tout essayé ! et Il n'y a pas de parent parfait. Elle estime que les critiques de Goldman sont caricaturales et ignorent les avancées des neurosciences affectives et sociales.
Un débat qui dépasse le simple désaccord
Ce n'est pas simplement une querelle d'experts. Le débat a pris une ampleur considérable, touchant des milliers de parents qui se sentent perdus entre ces deux visions. Selon une enquête menée par le site PsychoMédia, 62 % des parents interrogés se disent influencés par les contenus de Filliozat, tandis que 38 % suivent les recommandations de Goldman. Cette polarisation est amplifiée par les réseaux sociaux, où les deux camps s'affrontent avec virulence.
Des psychologues et pédopsychiatres ont également pris position. Certains, comme le professeur Jean-Michel Delacour, spécialiste de l'enfance à l'hôpital Necker, appellent à la nuance : "L'éducation positive ne doit pas être diabolisée, mais elle ne doit pas non plus être appliquée sans discernement. Chaque enfant est unique, et il faut adapter son approche." D'autres, plus critiques, estiment que le débat est contre-productif et qu'il nuit à la crédibilité de la profession.
Les arguments de Caroline Goldman
Dans ses interventions médiatiques, Caroline Goldman répète que l'éducation positive est un "mythe" et que les parents ont besoin de retrouver leur légitimité. Elle s'appuie sur des études cliniques pour affirmer que les enfants ont besoin de repères et de limites pour se construire. Elle dénonce également ce qu'elle appelle la "parentalité positive" comme une injonction à la perfection, qui génère de l'anxiété chez les parents. "On demande aux parents d'être toujours patients, toujours compréhensifs, c'est impossible et malsain", déclare-t-elle dans une interview au Figaro.
Goldman propose une alternative : une éducation qui allie bienveillance et fermeté, avec des règles claires et des conséquences logiques. Elle insiste sur l'importance de l'autorité parentale, non pas comme un pouvoir arbitraire, mais comme un cadre protecteur.
La réponse d'Isabelle Filliozat
Isabelle Filliozat, quant à elle, réfute l'accusation de laxisme. Elle explique que l'éducation positive ne signifie pas tout autoriser, mais plutôt comprendre les besoins de l'enfant et y répondre de manière adaptée. Elle s'appuie sur les travaux de chercheurs comme Daniel Siegel et Alison Gopnik pour démontrer que le cerveau de l'enfant se développe mieux dans un environnement sécurisant et empathique. "L'autorité ne se décrète pas, elle se construit dans la relation", affirme-t-elle.
Filliozat souligne également que sa méthode a fait ses preuves dans de nombreux pays, notamment en Scandinavie, où l'éducation bienveillante est largement pratiquée. Elle estime que les critiques de Goldman sont fondées sur une méconnaissance de ses travaux et sur des préjugés idéologiques.
L'impact sur les parents
Ce psychodrame médiatique a des conséquences concrètes sur les parents. Beaucoup se sentent déstabilisés et ne savent plus quelle méthode suivre. Les librairies constatent une hausse des ventes des livres des deux autrices, mais aussi une augmentation des demandes de consultations auprès des psychologues. "Les parents sont en quête de repères, et ce débat ne fait qu'ajouter à leur confusion", note la libraire Sophie Marceau, de la librairie L'Enfant bleu à Paris.
Certains parents témoignent sur les réseaux sociaux. Julie, mère de deux enfants, confie : "J'ai lu les livres de Filliozat et j'étais convaincue, mais maintenant je doute. Goldman a peut-être raison, peut-être que je suis trop laxiste." D'autres, comme Marc, père de trois enfants, estiment que le débat est stérile : "Chaque enfant est différent, il faut faire avec son bon sens, pas avec des dogmes."
Vers une réconciliation ?
Face à cette polémique, certains appellent à un dialogue constructif. Le Syndicat national des psychologues a proposé d'organiser un débat public entre les deux autrices, mais aucune n'a accepté pour l'instant. Goldman a déclaré qu'elle n'avait "rien à discuter" avec Filliozat, tandis que Filliozat se dit ouverte au dialogue, mais à condition que les échanges soient respectueux.
En attendant, les parents restent confrontés à ce dilemme : choisir entre l'autorité bienveillante de Goldman ou l'empathie radicale de Filliozat. Peut-être, comme le suggère le professeur Delacour, la solution est-elle de puiser dans les deux approches ce qui convient à son enfant, sans s'enfermer dans une école de pensée. Après tout, l'éducation est un art, pas une science exacte.



