Aucune confirmation officielle « à ce stade », encore moins d’échéance, mais c’est un secret de polichinelle dont bruisse le centre commercial : un magasin Primark, le second de l’agglomération bordelaise, y est pressenti. Les pelles mécaniques s’activent derrière la palissade qui court tout autour de l’ex-parking silo. Une opération démolition-reconstruction d’envergure est en cours dans le giron du centre commercial des Rives d’Arcins, à Bègles : le rez-de-chaussée du bâtiment en forme de demi-cercle, qui affichait plus de 800 places sur deux niveaux, sera en partie reconverti en cellule commerciale.
Un projet d’extension pour le centre commercial
« Votre centre… s’agrandit », promet le bandeau autopromotionnel, ménageant le suspense. Si elle n’est pas confirmée à ce jour, l’arrivée de l’enseigne de prêt-à-porter Primark est bel et bien dans les tuyaux. « C’est Primark qui va s’installer et ils laissent un niveau pour le stationnement », assure, sans s’embarrasser du conditionnel, un vendeur de la galerie commerciale. Un peu plus loin en ce lundi 18 mai, à l’heure du déjeuner, dans une allée parallèle, deux vendeuses d’une boutique de cosmétiques guettent le chaland en soupesant les mérites du « Primark de Bordeaux-Lac », le premier ouvert dans l’agglomération par la marque irlandaise à bas prix – c’était en 2019.
Déposé en août 2024, accordé en avril 2025 par la mairie de Bègles, le permis de construire se fonde ici sur la démolition partielle d’un parking silo qui aura fait long feu : couplé à l’extension du « mail » des Rives d’Arcins, de 7 900 à 17 500 mètres carrés et une soixantaine de boutiques supplémentaires, il avait été mis en service en 2013. Propriétaire de l’ensemble, le groupe Klépierre, spécialisé dans l’immobilier de centre commercial, revendique 6,5 millions de visiteurs par an.
Un parking sous-utilisé
Selon le permis de construire que « Sud Ouest » a consulté, la dalle du premier étage est démolie aux deux tiers et le nombre de places de stationnement ramené à 280. Y sera enchâssé un bâtiment commercial de plus de 4 000 mètres carrés. La couture – sous verrière – avec la porte correspondante de la galerie marchande est repensée dans un environnement végétalisé. Toutefois, de l’implantation de Primark, il n’est nullement question dans les documents du permis de construire. Sollicité en début de semaine, Clément Rossignol Puech, le précédent maire écologiste de Bègles, assure d’ailleurs ne « pas avoir eu d’infos », au moment de l’instruction du permis, sur la destination du lieu. « Klépierre est venu nous voir pour demander une extension sur le parking silo, qui était peu utilisé et qui servait d’aire d’accueil des gens du voyage. Ils ont parlé de négociations en cours, sous couvert de secret commercial. »
L’opposition de l’ancien maire
« Ce n’est pas dans l’esprit des Rives d’Arcins », oppose l’ancien maire, qui met dans la balance la « fast fashion », ce renouvellement rapide des collections de vêtements dont Primark est un porte-étendard, quoique dépassé en la matière par un géant asiatique comme Shein. « Ça ne correspond pas à ma vision de la mode », maintient Clément Rossignol Puech. Ce n’est que quelques semaines avant sa défaite aux municipales que Clément Rossignol Puech a eu vent de l’implantation de Primark « par une voie détournée » : « J’ai fait passer le message à Klépierre que j’y étais défavorable. »
Des communications officielles prudentes
Mais alors que les Rives d’Arcins bruissent de l’arrivée de l’enseigne, qu’en disent donc les intéressés ? « À ce stade, aucun projet d’ouverture de Primark n’est prévu dans le secteur de Bordeaux/Bègles. Nous ne manquerons pas de vous tenir informé si cette position venait à évoluer », tempère Primark France, via son agence de communication parisienne. Klépierre, le propriétaire des murs, ne s’y risque pas davantage : « Nous n’avons pas d’information sur l’arrivée de Primark à ce stade, mais nous ne manquerons pas de revenir vers vous le cas échéant. »
Et si travaux d’ampleur il y a bel et bien au niveau de parking, ceux-ci « contribuent à l’attractivité du centre », répond le groupe immobilier, renvoyant par ailleurs à un communiqué bien plus approfondi sur l’arrivée… de nouvelles enseignes dans sa galerie, de Legami à Aroma-Zone annoncée « fin juin ». Des communications officielles somme toute prévisibles alors que l’implantation d’un potentiel second Primark dans la métropole bordelaise reste conditionnée à l’avis de la commission départementale d’aménagement commercial (CDAC), qui statue sur tous les projets commerciaux supérieurs à 1 000 mètres carrés.
Un indice supplémentaire
Dernier indice sur le chemin d’un Primark « Rives d’Arcins », à défaut d’échéance : sur le site Internet du bureau d’études associé au remodelage du parking silo, au détour d’un portfolio de projets, une page en livre quelques détails supplémentaires sous l’intitulé « construction d’une cellule commerciale en surélévation d’un parking - centre commercial Rives d’Arcins », notamment le montant des travaux estimé à « 9 millions d’euros ». Et il suffit de faire glisser sa souris sur la vue d’architecte qui représente le site pour voir apparaître la mention « Primark_Bègles »…



