Le pont Gordie-Howe, inauguré en grande pompe il y a à peine six mois, devait incarner la fluidité des échanges entre le Canada et les États-Unis. Aujourd'hui, ce géant d'acier et de béton, situé entre Windsor (Ontario) et Détroit (Michigan), est devenu le symbole des dégâts collatéraux de la guerre commerciale déclenchée par l'administration Trump. Selon les données officielles publiées lundi 10 août, le trafic de poids lourds a chuté de 30 % depuis l'entrée en vigueur des nouveaux droits de douane sur l'acier et l'aluminium.
Un ouvrage d'art victime de la conjoncture
Le pont, long de 2,5 kilomètres, avait été conçu pour désengorger le pont Ambassador, vieux de près d'un siècle. Avec six voies de circulation et un gabarit permettant le passage de camions de grande hauteur, il devait faciliter le commerce transfrontalier, qui représente environ 400 000 milliards de dollars par an entre les deux pays. Mais depuis l'imposition de tarifs douaniers de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium, les entreprises hésitent à traverser la frontière. "Les camions sont moins nombreux, et certains transporteurs préfèrent attendre que la situation se stabilise", explique un responsable de la douane canadienne, sous couvert d'anonymat.
Des chiffres en nette baisse
Les statistiques sont sans appel : en juillet, seulement 8 500 camions ont emprunté le pont chaque jour, contre 12 000 en moyenne lors des premiers mois d'exploitation. Les autorités locales, qui tablaient sur une croissance du trafic de 2 % par an, doivent revoir leurs prévisions à la baisse. Cette baisse a des conséquences directes sur les recettes de péage, qui financent une partie de la construction, et sur l'économie locale de Windsor, où de nombreux emplois dépendent du transport transfrontalier.
Des répercussions économiques et politiques
Au-delà des chiffres, c'est tout l'écosystème économique de la région qui est affecté. Les concessions automobiles, les usines de pièces détachées et les entrepôts logistiques, qui fonctionnent en flux tendu, subissent des retards et des surcoûts. "Nous avons dû réduire nos expéditions de 20 %, et certains clients américains ont déjà annulé des commandes", témoigne un exportateur ontarien. Les gouvernements provinciaux et fédéraux tentent de rassurer, mais les négociations commerciales sont au point mort. Le pont, qui devait être un trait d'union, est aujourd'hui le reflet d'une relation bilatérale en crise.
Un avenir incertain
Les experts estiment que le trafic ne reviendra à la normale qu'après une résolution du conflit commercial, qui semble lointaine. En attendant, les opérateurs du pont multiplient les offres promotionnelles pour attirer les transporteurs, avec des réductions allant jusqu'à 15 % sur les péages. Mais ces mesures ne suffisent pas à enrayer la méfiance. Le pont Gordie-Howe, qui devait être un atout majeur pour la région, est devenu un symbole des incertitudes économiques actuelles.



