Dans le cadre de l’enquête publique préalable à la création d’un pôle logistique et industriel à Belin-Béliet, une première réunion a confronté les porteurs de projet aux riverains. Ce mercredi 29 avril, la commissaire enquêtrice a animé une première réunion publique consacrée à la demande d’autorisation environnementale de la société Percier Réalisation et Développement (PRD). Celle-ci porte depuis 2018 un projet d’implantation d’un pôle logistique et industriel à Belin-Béliet, sur le site de Sylva 21. Un projet qui divise élus et riverains. Parmi ces derniers, la coordination Touche pas à ma zone humide dénonce son implantation sur un site de haute valeur environnementale.
Un projet qui suscite des oppositions
Des avis négatifs ont été émis par le Sage (schéma d’aménagement et de gestion des eaux), le CNPN (Conseil national de la protection de la nature) et le Parc naturel. Lors de cette réunion, Julien Caron, le directeur régional de PRD, et Alexis Peret, son président, ont présenté leur nouvelle copie qui s’inscrit dans le cadre de l’industrie verte.
Des chiffres réduits mais toujours contestés
Promulguée en octobre 2023, la loi industrie verte vise à accélérer la réindustrialisation du pays et à faire de la France le leader de l’industrie verte en Europe. Son but est notamment de limiter les temps d’instruction. Le nouveau projet PRD s’y inscrit, contrairement au premier, déposé en juin 2019 puis retiré en octobre 2023. La première version se déployait sur 192 464 m² avec une emprise de 73 700 m². La seconde a réduit la voilure : 149 366 m² de terrain et 53 250 m² de bâtiments, dont 50 344 m² d’entrepôts et 25 000 m² de panneaux photovoltaïques. PRD annonce à terme 150 à 350 emplois induits, un fonctionnement en 2x8 et un flux de 180 camions entrants et autant sortants. Les retombées fiscales sont estimées entre 363 402 euros (logistique) et 1 160 262 euros (industrie). Cependant, Alexis Peret affirme : « Nous ne savons pas qui s’implantera. »
Inquiétudes des riverains
L’agricultrice Annie Montrichard, dont la ferme se trouve à proximité, a résumé le sentiment général : « Vous ne savez pas à qui sera vendu ou loué le site, combien de camions circuleront, le type de polluants et les emplois induits. C’est notre patrimoine qui est hypothéqué, on signe un chèque en blanc. » Elle a également rappelé qu’en 2022, des maisons ont brûlé à Belin-Béliet : « Je n’ose pas imaginer un entrepôt comme ça au milieu d’un incendie. » PRD a répondu que les cellules des entrepôts sont coupe-feu.
Un artisan local a calculé que le mètre carré du terrain acheté par PRD revient à 19 euros. Il s’est dit intéressé sans que sa proposition ne retienne l’attention du groupe. Alexis Peret a assuré : « Nous nous dirigeons vers une industrie d’assemblage. Nous n’avons jamais fait de plateformes pour l’e-commerce, nous ne les apprécions pas. »
La question de la zone humide
PRD délimite la zone humide à 109 691 m² et relève la présence d’espèces protégées. La société prévoit des mesures d’évitement et de réduction, ainsi que des mesures compensatoires sur une soixantaine d’hectares. Le projet nécessite la sortie du statut forestier de 15 hectares. L’écologue associé a mentionné la présence d’une nappe phréatique affleurante. Un scientifique présent dans le public s’est inquiété : « C’est un énorme problème », dénonçant un « mensonge par omission » sur le drainage. Alexis Peret a répondu que le problème avait été pris en compte en supprimant le bassin d’infiltration initial, qui impactait la zone humide. Le projet ne conserve qu’un bassin étanche de récupération des eaux de toitures et de voirie. Interrogé sur l’adaptation aux avis négatifs du Parc, du Sage et du CNPN, il a répondu : « Oui. »
Circulation et emplois en question
D’autres participants ont exprimé leurs craintes sur le flux de camions. Julien Caron a indiqué que 7 500 véhicules circulent déjà quotidiennement sur la RD3 et 40 000 sur l’autoroute, promettant que les camions n’auront pas le droit de passer ailleurs. Quant aux emplois, une participante a rappelé que le CNPN estime qu’une plateforme de cette taille emploie en moyenne 60 équivalents temps plein, et que selon les réalisations précédentes de PRD, seulement un tiers des emplois promis ont été créés. Elle a ajouté : « Le programme Copernicus montre que l’Europe se réchauffe deux fois plus que la moyenne mondiale. Arrêtons d’artificialiser ! » Depuis 1996, PRD a construit plus de 4,1 millions de m² en France et réalisé 132 immeubles. Julien Caron a rappelé que le terrain de Belin-Béliet est identifié depuis des années et relève d’une logique d’aménagement, ce qui a conduit les précédents élus à le céder à la Communauté de communes du Val de l’Eyre, qui a ensuite traité avec PRD.



