Pêcheurs méditerranéens : blocage de Frontignan et rencontre avec la ministre
Pêcheurs : blocage de Frontignan et rencontre avec la ministre

Les pêcheurs méditerranéens, mobilisés depuis mardi dans le cadre du mouvement « Marée noire », ont bloqué mercredi 16 septembre le dépôt de carburant GDH de Frontignan, près de la zone portuaire de Sète. Une centaine de professionnels, venus de Marseille, Sète, Agde, Le Grau-du-Roi et Valras, ont investi le site dès 3 heures du matin pour dénoncer la flambée du carburant et les nouvelles restrictions européennes. Ils ont rendez-vous ce jeudi matin avec la ministre de la Pêche et menacent de poursuivre les blocages jusqu'à obtenir des réponses concrètes.

Une mobilisation qui s'intensifie après trois jours de colère

Le mouvement « Marée noire », lancé par les pêcheurs de toute la Méditerranée pour la survie de leur filière, s'est durci. Après le blocage du port de Sète, qui a empêché les ferries d'accoster depuis mardi, les professionnels ont choisi de cibler le dépôt de carburant de Frontignan. Thoniers, chalutiers et petits métiers sont représentés, tous déterminés à faire entendre leur désespoir. « Des crises on en a vécu, mais là on ne s'en sortira pas, on ne se relèvera pas. Que l'on soit écoutés ou pas, il y a des bateaux qui ne reprendront pas la mer et les criées aussi vont fermer parce qu'elles ne seront plus rentables, Port-La-Nouvelle est la prochaine sur la liste », lâche Ange Natoli, patron pêcheur à Martigues, présent sur le barrage.

Le gazole, aujourd'hui à 1,18 euro pour les pêcheurs, alors que le seuil de rentabilité est estimé à 0,80 euro, plombe des trésoreries déjà fragiles. « Les salaires ont baissé des deux tiers, on travaille pour 2 euros de l'heure, on paye 13 000 euros par semaine de gazole et depuis avril on n'a rien touché des aides de l'État », lance excédé un pêcheur d'Agde devant les caméras, alors que les CRS font reculer les manifestants, sommés d'évacuer. La filière, qui compte 2 000 pêcheurs, se sent abandonnée par l'État et l'Europe, alors que de nombreux professionnels n'ont toujours pas perçu les aides promises. « En fait, c'est du vent ! », résume un patron chalutier marseillais.

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Des aides promises mais jamais versées, des marins au bord du gouffre

Ludovic, patron pêcheur petit métier sur Agde, pointe une situation devenue intenable. « J'ai dû attendre huit mois pour qu'on me verse les compensations des arrêts temporaires de pêche en 2025. Je parle même pas de ceux de 2026, pour l'administration il manque toujours un papier… », confie-t-il. « Ça fait deux mois que mes marins, ils touchent même pas le smic. On travaille pour payer le gazole et il n'y a plus rien pour les marins. » Pour le carburant, un autre pêcheur s'inquiète : « Ils nous avaient dit qu'ils nous aideraient à hauteur de 35 centimes d'euros quand le gazole était à 1 euro, et là ils ne parlent plus que de 20 centimes alors que le carburant est passé à 1 euro. Et que ça continue d'augmenter ! »

Ange Natoli, désabusé, ajoute : « Si leur volonté c'est de faire disparaître la pêche, qu'ils nous indemnisent à hauteur du travail fourni pendant 35 ans, de 3 h à 19 h par semaine et ce sera fini. » Certains pêcheurs sont même prêts à adhérer à un plan de sortie de flotte, mais celui-ci a été refusé. Le site de Frontignan a finalement été évacué vers 10 h 30 sans heurts, après la fin de la réunion prévue à la Maison de la Mer à Sète avec Didier Codorniou, premier vice-président chargé de la Méditerranée d'Occitanie, et Sébastien Denaja, vice-président pour la même délégation. Les pêcheurs ont posé six revendications.

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Le plan WestMed jugé inadapté à la Méditerranée

Au-delà des carburants, les pêcheurs dénoncent les non-réponses des préfectures et du ministère de la Pêche face aux alertes lancées depuis des mois. Les nouvelles restrictions validées par le plan WestMed, établi par la Commission européenne, qui définit les conditions de pêche (quotas, zones de pêche, maillages des filets), sont jugées « complètement inadaptées à la Méditerranée ». Bernard Di Maïo, prud'homme des chalutiers de Sète, explique que le nouveau maillage des filets est synonyme de pertes sèches : « C'est 8 mm de plus sur les mailles, donc on perd le calamar, le rouget, des maquereaux, des poulpes, ce qui fait notre spécialité méditerranéenne et avec la hausse du carburant, tous ces facteurs réunis, font que la pêche n'est plus rentable. On demande un moratoire sur le plan WestMed, la ministre peut le demander », explique celui qui accompagnait Martial Lubrano, prud'homme major de Sète lors de la réunion avec la Région et sera présent ce jeudi avec les délégations des ports de Méditerranée, lors de la rencontre avec la ministre de la Mer, Catherine Chabaud.

Sans réponses concrètes « convaincantes », les pêcheurs sont plus déterminés que jamais à poursuivre le mouvement de blocages, s'il le faut de Port-Vendres à la frontière italienne. Martial Lubrano, prud'homme Major de Sète, était présent à la réunion de mercredi matin avec les représentants de la Région. « On a expliqué la problématique de la pêche méditerranéenne, a-t-il indiqué en sortant. Des engagements ont été pris, mais on attend des réponses concrètes assez rapides. On a rendez-vous avec la ministre jeudi à 11 h. On a réuni tous les marins pêcheurs et ils veulent rien lâcher tant qu'ils n'auront pas des réponses concrètes de la ministre. »

Six revendications et une détermination sans faille

Les Sétois et les délégations des autres ports poseront six revendications. Parmi elles, la surcharge administrative, le coût du gazole et le retour des aides directes à la pompe, la gestion des anguilles pour les pêcheurs de lagune, les fermetures de zones de pêche, et le plan WestMed pas adapté avec la pêcherie méditerranéenne. « Tous les six mois on a de nouvelles restrictions. On peut pas attendre encore six mois d'avoir des réponses concrètes. Tout est prioritaire. Si c'est pour nous accompagner sur le gazole, et avoir des pertes sur la production on tourne en rond. En attendant les pêcheurs sont mobilisés. Ils sont à bout, ils en ont marre. Bien sûr que des pêcheurs restent à terre. La semaine dernière des bateaux ont gagné 50 euros la semaine. Le marin il peut même pas payer le plein pour aller au bateau. On a fait un mouvement parce que ça devient vital, pas pour mettre la France à feu et à sang. On aimerait être entendu et avoir des réponses hier pour aujourd'hui et retourner à la mer », conclut Martial Lubrano.