À la rentrée, après l’inscription à la salle de sport, le programme nutritionnel et le rangement de la maison, il reste une étape souvent négligée : la révision de son organisation patrimoniale. Olivier Raingeard, directeur des investissements de Neuflize OBC, recommande une routine en trois étapes pour vérifier que son épargne est toujours adaptée à la situation. Cette démarche intervient dans un contexte économique marqué par la hausse des taux d’intérêt, des marchés actions au plus haut et un immobilier en dents de scie.
Une routine en trois étapes pour vérifier son épargne
La première étape consiste à vérifier sa capacité d’épargne, notamment si les rentrées d’argent ou les dépenses ont évolué. La deuxième questionne la répartition des investissements entre les différentes catégories de placements en fonction du contexte économique. Enfin, la troisième étape fait le point sur la performance des produits détenus.
Cette révision régulière permet d’anticiper les défis qui attendent les épargnants dans les prochains mois. L’environnement économique demeure en effet mouvant, avec des taux d’intérêt en hausse, des marchés actions au sommet et un immobilier contrasté. Anticiper permet d’affronter l’avenir avec sérénité, plutôt que de subir les évolutions du marché.
Les taux longs sous tension : trois facteurs à surveiller
L’été a été agité sur le front des taux d’intérêt. Olivier Raingeard explique que les taux longs dépendent de trois grandes variables : la politique monétaire, la croissance économique nominale (croissance réelle plus inflation) et l’équilibre offre-demande sur le marché obligataire, cette offre étant liée aux politiques budgétaires des États.
Depuis 2022, les taux longs remontent sensiblement pour trois raisons : la fin des politiques de taux zéro et de quantitative easing, une croissance nominale plus forte que prévu portée par une inflation installée sur un régime plus élevé qu’avant la Covid, et des déficits publics qui restent importants aux États-Unis comme en Europe, ce qui alimente l’offre d’obligations d’État. Il faut toutefois relativiser ce mouvement : le 10 ans américain, autour de 4,70 % aujourd’hui, reste inférieur à son niveau de fin 2023, tandis qu’en zone euro les taux se situent légèrement au-dessus. « Nous n’observons pas de panique chez les investisseurs », précise Olivier Raingeard.
Pour les prochains mois, trois facteurs sont à surveiller : l’incertitude sur les politiques des banques centrales, l’inflation qui a plutôt accéléré ces derniers mois sous l’effet du conflit en Iran avec un reflux attendu en 2027, et les déficits publics qui devraient rester élevés. Certains éléments plaident pour une baisse des taux, d’autres pour une hausse. Au final, les anticipations portent surtout sur une phase de volatilité dans les prochains mois.
Les actions restent porteuses malgré la volatilité
Malgré la hausse des taux longs des deux côtés de l’Atlantique depuis janvier, les marchés actions ont progressé d’environ 12 % hors dividendes, aux États-Unis comme en zone euro. Olivier Raingeard souligne que les obligations à court et moyen terme rémunèrent nettement mieux qu’entre 2010 et 2022, ce qui rend pertinent d’y investir pour percevoir les intérêts, en restant diversifié entre dette d’État et dette d’entreprise.
Dans une allocation traditionnelle, un portefeuille diversifié repose sur une combinaison d’actions, obligations et monétaire. Or, depuis quelques années, les obligations jouent moins bien ce rôle de diversification, comme en témoignent les chocs des quatre dernières années marqués par une baisse simultanée des actions et des obligations. Il faut donc chercher d’autres sources de diversification : du côté des actifs liquides, les matières premières, l’or, ou encore des solutions de gestion alternative (hedge funds) qui peuvent tirer parti de la volatilité observée sur les marchés.
Les événements géopolitiques ne génèrent en général qu’un effet temporaire, vite effacé tant qu’ils ne provoquent pas de récession mondiale. Depuis 2016, les chocs n’ont pas manqué : à chaque fois, la baisse des actions a été suivie d’un rebond rapide, avec de nouveaux records à la clé, porté par la résilience de l’économie mondiale et des bénéfices d’entreprises bien orientés. Cette année encore, la progression des bénéfices est solide : une progression de 31 % est attendue pour 2026 aux États-Unis, 19 % en Europe, 70 % dans les pays émergents. La technologie tire la dynamique avec 52 % de hausse attendue aux États-Unis, mais tous les grands secteurs affichent des perspectives positives pour 2027.
Une allocation surpondérée sur les actions et les émergents
Olivier Raingeard indique que Neuflize OBC est surpondéré sur les actions, en anticipant une dynamique des bénéfices toujours solide pour les prochains trimestres, avec une croissance à deux chiffres attendue en 2027. Quelques éléments pourraient générer de la volatilité à la rentrée : les incertitudes en matière de politiques de taux notamment aux États-Unis, un contexte géopolitique complexe, les élections américaines de mi-mandat susceptibles de créer des surprises, et les valorisations de l’IA qui pourront générer des à-coups. Selon lui, ces phases constitueraient plutôt des points d’entrée.
L’allocation a été renforcée sur les marchés émergents, qui sont surpondérés, ainsi que les États-Unis, tandis que l’Europe demeure sous-pondérée. D’un point de vue sectoriel, la technologie et l’industrie sont privilégiées. L’industrie bénéficie des investissements de long terme liés à l’intelligence artificielle, mais aussi à la robotique et à l’efficience énergétique. Le thème de la souveraineté devrait également soutenir les sociétés de ce secteur. Le secteur technologique est considéré comme une thématique de long terme sur laquelle il faut rester investi, mais avec de l’agilité : prendre des profits lorsque les valorisations paraissent trop tendues, et revenir lorsqu’une correction crée une opportunité.
Concernant l’énergie, malgré le maintien d’une quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, les prix sont restés sous contrôle grâce à l’utilisation d’autres voies d’acheminement, au recours aux réserves stratégiques des États et à l’efficience énergétique de l’économie mondiale. Mais plus la situation perdure, plus le risque de pressions sur les prix augmente. Le scénario central reste celui d’un accord entre les États-Unis et l’Iran d’ici la fin de l’année, une conviction qui peut toutefois être vite remise en question.



