Le quotidien Ouest-France, premier journal de France par ses ventes, a annoncé un plan de suppression de 156 postes, dont 116 dans les rédactions, a appris l'AFP mercredi 23 septembre 2026 de source syndicale. Cette décision, motivée par le déclin du papier et la baisse des revenus publicitaires, marque une étape inédite pour le journal, qui n'avait jamais touché à ses effectifs de journalistes à une telle échelle.
Un plan sans licenciements, mais des départs non remplacés
Selon la même source, aucun licenciement n'est prévu. Les suppressions se feront par des départs naturels, notamment des CDD non renouvelés et des départs à la retraite non remplacés. Le plan a été présenté aux représentants du personnel lors d'un comité social et économique (CSE) le jeudi 17 septembre. Une procédure d'information-consultation est en cours et durera jusqu'au 17 novembre, mais l'avis des élus du personnel reste consultatif.
La direction, contactée par l'AFP, a refusé de commenter à ce stade, indiquant vouloir « réserver sa parole à l'interne » pendant cette phase. Le projet, nommé « Efficience 2 », avait été lancé à l'automne 2025, mais sans chiffrage précis des suppressions d'emplois.
Un déficit persistant et un objectif de redressement
Ouest-France, qui compte près de 600 000 exemplaires vendus par jour en moyenne l'an dernier (ventes numériques incluses), est déficitaire depuis cinq ans. En 2025, le journal a enregistré une perte nette de 8,9 millions d'euros. La direction vise un retour à l'équilibre financier d'ici à 2028, en s'appuyant sur une réduction d'environ 10 % de la masse salariale, soit 15 millions d'euros d'économies annuelles.
Le plan prévoit également des gains d'efficacité via des réorganisations et l'utilisation de l'intelligence artificielle. L'intersyndicale CFDT, CGT, FO, SNJ a dénoncé dans un tract « un plan social inacceptable qui ne dit pas son nom », et a appelé à des assemblées générales. Les syndicats craignent une dégradation des conditions de travail, avec la « disparition programmée de plus de 20 % des secrétaires de rédaction et de plus d'un tiers des assistants de rédaction ».
Une première pour le journal, des craintes sur l'avenir
Vanessa Ripoche, journaliste et déléguée syndicale SNJ, a déclaré à l'AFP : « Les gens sont assez choqués. C'est la première fois qu'il y a un tel plan dans le journal. » Le quotidien, basé à Rennes et implanté en Bretagne, Pays-de-la-Loire et Normandie, subit une érosion des ventes papier de 5 % à 6 % par an, non compensée par la progression du numérique. Il souffre aussi de la faiblesse du marché publicitaire et de l'exploitation de ses contenus par les grandes plateformes numériques sans juste contrepartie financière.
La direction a promis de tout mettre en œuvre pour « protéger les emplois permanents » et éviter un plan social comme ceux annoncés par Centre France (La Montagne…) ou Prisma (Geo, Capital…). Le processus de consultation se poursuivra jusqu'à la mi-novembre, et les assemblées générales des syndicats devraient rythmer les prochaines semaines.