Macron place ses fidèles aux postes clés avant la présidentielle
Macron place ses fidèles aux postes clés

Le choix d’Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l’Élysée, pour le poste de gouverneur de la Banque de France ne passe pas. Le Parlement français doit se prononcer la semaine prochaine sur cette nomination stratégique, contestée à l’approche de l’élection présidentielle. Le vote s’annonce difficile à l’Assemblée nationale, très divisée, face à cette nomination qualifiée par ses détracteurs de "fait du prince", en l’occurrence Emmanuel Macron, qui place des proches à la tête des hautes institutions alors que l’extrême droite semble aux portes du pouvoir.

Une démission anticipée qui interroge

La démission anticipée de François Villeroy de Galhau, effective dès le mois prochain, alors que son mandat courait jusqu’en octobre 2027, pourrait avoir été orchestrée pour ne pas laisser au prochain locataire de l’Élysée la désignation du puissant gouverneur de la Banque de France. Ce potentiel tour de passe-passe s’ajoute à la nomination à la présidence du Conseil constitutionnel de Richard Ferrand, un proche du chef de l’État – élu à une voix près –, et de l’ex-ministre Amélie de Montchalin, autre fidèle, à la Cour des comptes.

Un profil prestigieux mais contesté

Haut fonctionnaire de 57 ans au CV prestigieux, Emmanuel Moulin a été proche de l’ancien président Nicolas Sarkozy, de l’ex-ministre de l’Économie Bruno Le Maire et il est passé par Matignon en 2024 lorsque Gabriel Attal était Premier ministre, avant d’arriver à l’Élysée en 2025. Bien qu’Emmanuel Macron ait le droit de nommer qui bon lui semble à la Banque de France, se pose la question de l’indépendance d’une institution censée être à l’abri des joutes politiques. François Hollande avait nommé, lui, en 2014 le secrétaire général de l’Élysée, Pierre-René Lemas, à la tête de la Caisse des dépôts. Mais "avez-vous déjà vu un secrétaire général de l’Élysée nommé à la Banque de France après être passé par tous les ministères ? C’est du jamais vu", dénonce Eric Coquerel (LFI), président de la commission des Finances de l’Assemblée.

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Des accusations de favoritisme

Selon Libération, Emmanuel Moulin aurait bénéficié de notes de la Banque de France pour préparer sa candidature. L’institution affirme, elle, qu’il n’a bénéficié d’aucun traitement particulier. Le sort d’Emmanuel Moulin est désormais entre les mains des membres des commissions des Finances des deux chambres, qui l’auditionneront tour à tour mercredi. Sa nomination sera bloquée si les trois cinquièmes des parlementaires la rejettent.

Un risque pour le Président

Selon Eric Coquerel, les élus LFI, communistes et écologistes devraient voter contre. Les socialistes n’ont pas dévoilé leur choix, pas plus que les centristes de Liot. "Après Ferrand et Montchalin, on va dire stop", prévient, pour sa part, au RN, le député Philippe Ballard. Selon une source parlementaire, cinq ou six sénateurs LR pourraient faire dissidence et voter contre Emmanuel Moulin. "Les parlementaires LR sont divisés entre ceux qui se disent qu’il vaut mieux un profil classé à droite et d’autres tentés de sanctionner la trahison d’un des leurs, parti en 2017 pour servir la ‘macronie’", explique William Thay du think-tank Le Millénaire. "Rien ne garantit que Moulin sera approuvé, anticipe donc un député LR ayant requis l’anonymat. Le Sénat sera déterminant." Une chose est sûre : en cas de revers au Parlement, le choix d’Emmanuel Moulin se retournera contre le Président, en le fragilisant.

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