L'or des pays vaincus : la course contre les nazis en 1939
L'or des pays vaincus : course contre les nazis en 1939

Le 1er septembre 1939, l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie d'Hitler, suivie le 17 septembre par l'entrée des troupes soviétiques de Staline, plonge l'Europe dans un conflit d'une ampleur inédite. Les armées allemandes, puissamment motorisées et coordonnées, progressent à une vitesse fulgurante, prenant de court les gouvernements des pays vaincus. Dans la panique, ces derniers s'efforcent de sauver ce qui peut l'être : leurs réserves d'or. Ces trésors nationaux, constitués de lingots et de pièces, sont la cible prioritaire du Reich, qui cherche à financer sa colossale machine de guerre.

La Pologne sous le choc

La Pologne est le premier pays à subir la double invasion. Son gouvernement, conscient de la menace, tente d'évacuer l'or de la Banque de Pologne. Environ 75 tonnes d'or sont ainsi transportées vers la Roumanie, puis, via des circuits complexes, jusqu'en France et au Royaume-Uni. Cependant, une partie reste bloquée à Varsovie, où les employés de la banque parviennent à la cacher dans des caves et des camions. L'armée allemande, informée, lance des recherches intensives. Selon des sources historiques, les nazis ne mirent la main que sur une fraction de cet or, grâce à la trahison d'un banquier.

La Belgique et les Pays-Bas sous pression

Au printemps 1940, l'Allemagne attaque la Belgique et les Pays-Bas. La Banque nationale de Belgique a déjà pris des mesures : son or est transféré en France, puis en Angleterre. Mais la débâcle française oblige à un nouveau transport : une partie est envoyée au Sénégal, via Dakar, et une autre est cachée dans des mines abandonnées. Les Pays-Bas, quant à eux, envoient leur or via la Royal Navy vers le Canada et les États-Unis. Une opération audacieuse impliquant des navires de guerre et des décisions prises en quelques heures.

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La France et la ligne Maginot financière

La France, malgré sa ligne Maginot, est submergée. La Banque de France, sous la direction du gouverneur Yves de Boisanger, organise l'évacuation de ses 2 500 tonnes d'or. Les convois ferroviaires partent vers les ports de Brest et de Saint-Nazaire, où des navires de guerre comme l'Émile Bertin les emmènent vers les Antilles, puis vers les États-Unis. Une partie reste en Afrique du Nord. L'opération, d'une ampleur logistique exceptionnelle, permet de sauver 2 200 tonnes, laissant aux nazis moins de 300 tonnes. Churchill lui-même reconnut l'importance de ces réserves pour l'effort de guerre allié.

Le rôle de la chance et du devoir

Cette chasse au trésor haletante doit beaucoup au sens du devoir de quelques hommes, servis par une bonne dose de chance. Des employés de banque, des marins et des diplomates ont risqué leur vie pour sauver ces fortunes. Sans ces actions, les nazis auraient mis la main sur une manne financière colossale, estimée à plusieurs milliards de dollars de l'époque, qui aurait pu changer le cours de l'Histoire. Selon l'historien Jean-Marc Dreyfus, « chaque lingot sauvé représentait un coup porté à la machine de guerre allemande ».

L'impact potentiel sur la guerre

Si les nazis avaient réussi à s'emparer de l'intégralité des réserves d'or des pays vaincus, leur capacité à acheter des matières premières neutres comme le pétrole roumain ou le minerai suédois aurait été renforcée. La guerre aurait pu s'allonger, voire prendre un tour différent. La préservation de ces richesses a permis aux Alliés de financer leur résistance et, in fine, leur victoire. Aujourd'hui, une partie de cet or reste dans les coffres des banques centrales alliées, témoignage silencieux de cette course contre la montre historique.

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