La proposition de loi visant à enrayer l'essor de la « fast fashion » a été définitivement adoptée par le Parlement ce lundi 29 juin 2026, après un long parcours parlementaire de plus de deux ans. Mais pour Flore Berlin, de l'association En mode climat, le texte final est bien loin des ambitions initiales. « On ne peut plus parler d'une loi “fast-fashion”, c'est une opportunité ratée d'être pionnier en Europe », regrette-t-elle dans un entretien accordé à notre journal.
Un texte vidé de sa capacité contraignante
Le cheminement de cette loi a été marqué par des rebondissements. Après un vote à l'unanimité à l'Assemblée nationale en 2024, le texte a été profondément remanié lors de son passage au Sénat, puis lors de la commission mixte paritaire (CMP) qui s'est tenue le 17 juin 2026. Selon Flore Berlin, les mesures contraignantes initialement prévues ont été progressivement supprimées, laissant un dispositif peu efficace.
« Le texte final ne comporte plus de mécanismes de pénalités financières dissuasifs pour les géants de la fast-fashion comme Shein ou Temu », explique-t-elle. « Il se contente d'incitations et de déclarations d'intention, ce qui est insuffisant face à l'urgence écologique. »
Un rendez-vous manqué pour la France
L'association En mode climat milite depuis des années pour une régulation stricte du secteur textile, responsable de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Flore Berlin estime que la France avait l'opportunité de devenir un leader européen en matière de lutte contre la fast-fashion, mais que ce texte ne permettra pas d'atteindre cet objectif.
« L'industrie de la mode est l'une des plus polluantes au monde. En adoptant une loi ambitieuse, la France aurait pu montrer l'exemple et inspirer d'autres pays européens. Au lieu de cela, nous avons un texte qui ne changera rien aux pratiques des consommateurs ni aux modèles d'affaires des entreprises », déplore-t-elle.
Des mesures insuffisantes face à l'urgence
Parmi les dispositions qui subsistent dans la loi, on trouve notamment l'obligation pour les vendeurs de fast-fashion d'afficher un score environnemental sur leurs produits. Mais selon Flore Berlin, cette mesure est insuffisante sans un système de bonus-malus financier. « L'affichage environnemental est un outil utile, mais il ne suffit pas à lui seul à orienter les comportements d'achat. Il faut des sanctions économiques pour les entreprises qui ne respectent pas les critères de durabilité », affirme-t-elle.
L'association regrette également l'absence de mesures contraignantes sur la réduction de la production et la gestion des déchets textiles. « Chaque année, en France, plus de 200 000 tonnes de vêtements sont jetés. Sans objectifs de réduction de la production, la loi ne s'attaque pas à la racine du problème », ajoute Flore Berlin.
Un contexte politique difficile
La version initiale de la proposition de loi, portée par des députés écologistes et soutenue par une large coalition, prévoyait des amendes pouvant aller jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires des entreprises contrevenantes. Mais face aux pressions des lobbys industriels et à un contexte politique tendu, les sénateurs ont considérablement allégé ces dispositions.
« On a assisté à un véritable lobbying de la part des géants de la fast-fashion, qui ont réussi à faire passer leurs intérêts avant l'intérêt général », dénonce Flore Berlin. « Les parlementaires ont cédé sous la pression, et le résultat est un texte qui ne répond pas à l'urgence climatique. »
Quelles suites pour la lutte contre la fast-fashion ?
Malgré cette déception, l'association En mode climat ne compte pas baisser les bras. Flore Berlin appelle à une mobilisation citoyenne et à des actions en justice pour contraindre les entreprises à plus de transparence. « Nous allons continuer à nous battre pour une régulation plus stricte, au niveau national et européen. Il est encore temps d'agir, mais il faut que les politiques prennent leurs responsabilités », conclut-elle.
La loi promulguée devrait entrer en vigueur dans les prochains mois, mais ses effets concrets sur l'industrie de la mode restent incertains. Pour Flore Berlin, le principal enseignement de ce parcours législatif est que « sans volonté politique forte, les lois environnementales restent des coquilles vides ».



