Michel-Edouard Leclerc a lu et annoté le dernier ouvrage de Boris Vallaud, président du groupe parlementaire PS, Nos vies ne sont pas des marchandises. Manifeste pour la démarchandisation (Seuil). L'auteur y dénonce un marché « devenu la fin de lui-même ». Face à cette critique, Leclerc rétorque : « Les thèses que vous développez sur les excès du marché, je les ai lues il y a 50 ans. Le procès qu'il faut faire aujourd'hui, c'est celui de la démission des élites. » Un entretien croisé où le plus politique n'est pas forcément celui que l'on croit.
Deux visions du marché
Pour Boris Vallaud, le marché est devenu un « ogre démiurge » qui échappe à tout contrôle. Il plaide pour une « démarchandisation » de nos vies, estimant que les mécanismes marchands envahissent des sphères qui devraient rester protégées. Michel-Edouard Leclerc, patron des centres E.Leclerc, défend au contraire un marché régulé mais libre, pilier de la liberté individuelle. Il accuse les élites d'avoir abandonné leur rôle de régulation, laissant le marché devenir une fin en soi.
Un dialogue de fond
Les deux hommes s'accordent sur le constat d'un capitalisme débridé, mais divergent sur les remèdes. Vallaud prône une intervention étatique forte, tandis que Leclerc mise sur la responsabilité des acteurs économiques et la concurrence. Leur échange, publié dans L'Express, révèle une convergence inattendue sur la nécessité de redonner du sens à l'économie.
L'enjeu des élites
Leclerc insiste : « Les élites politiques et économiques ont failli. Elles ont laissé le marché s'emballer sans contre-pouvoirs. » Vallaud reconnaît ce point, mais maintient que la solution passe par une réforme profonde du système capitaliste. Un débat qui dépasse les clivages partisans et interroge notre rapport à la marchandisation du monde.



