Keir Starmer a annoncé sa démission le 22 juin, après moins de deux ans à la tête du Royaume-Uni. La pression montait depuis des semaines suite à une série de décisions controversées, culminant avec les élections de mai aux résultats désastreux au pays de Galles et en Écosse. Ces revers ont déclenché des défections en chaîne au sein de son gouvernement et poussé des dizaines de députés à réclamer son départ.
Un processus de succession interne
Lors de son discours de démission, Keir Starmer a précisé que les candidats à sa succession auraient du 9 au 16 juillet pour obtenir les soutiens nécessaires. Au Royaume-Uni, la démission du Premier ministre ne déclenche pas automatiquement d'élections nationales, car le pouvoir émane de la Chambre des Communes, où le Parti travailliste dispose d'une majorité écrasante. Le choix du nouveau Premier ministre se fait donc en interne au sein du parti au pouvoir.
Selon le règlement du Labour, les candidats doivent être parrainés par 81 députés travaillistes, ainsi que par 32 des 634 sections locales du parti ou par trois organisations affiliées (dont deux syndicats). Les candidats qualifiés sont départagés par un scrutin des membres du parti et sympathisants syndicaux, soit plusieurs centaines de milliers de personnes. Ce vote pourrait avoir lieu pendant la pause estivale du Parlement, entre le 16 juillet et le 1er septembre. Keir Starmer resterait en fonction dans l'intervalle, un nouveau dirigeant prenant ses fonctions à la reprise.
Andy Burnham, le favori
De nombreux travaillistes espèrent que ce vote ne sera pas nécessaire. Andy Burnham, maire du Grand Manchester, se préparait depuis des semaines à la chute de Starmer. Considéré comme bénéficiant d'un large soutien au sein du parti, il est perçu comme le meilleur espoir pour vaincre le défi populiste du parti d'extrême droite Reform UK, dirigé par Nigel Farage.
Aucun autre candidat n'a déclaré son intention de se présenter. Son seul opposant sérieux, le ministre de la Santé Wes Streeting, qui avait démissionné mi-mai, lui a apporté son soutien ce lundi.
Le "King in the North"
Après deux tentatives infructueuses pour diriger le parti en 2010 et 2015, Andy Burnham s'est épanoui dans son mandat local, gagnant le surnom de "roi du Nord" ("King in the North", référence à Game of Thrones). Il est connu pour ses interventions médiatisées, sa défense des intérêts du nord-ouest de l'Angleterre face à Londres, et pour avoir supervisé un essor économique dans la région urbaine à la croissance la plus rapide du Royaume-Uni.
Élu député à Makerfield la semaine dernière — condition indispensable pour diriger le Labour — avec une avance significative sur le candidat Reform UK, Andy Burnham a confirmé sa candidature à la succession de Starmer. S'il demeure le seul candidat, il pourrait être propulsé à Downing Street sans élection interne dès le 16 juillet, moins d'un mois après son intronisation comme député le 22 juin. Il pourrait alors recevoir un appel du roi pour former un nouveau gouvernement, précipitant le départ de Starmer.
Un programme peu détaillé
Des questions se posent face à la perspective d'un couronnement aussi rapide. Certains députés demandent à Burnham de détailler davantage son programme. Il n'a pas siégé au Parlement depuis plus de dix ans et a relativement peu détaillé les mesures qu'il soutient lors de sa récente campagne éclair. Certains s'inquiètent de l'expression ouverte de sa foi catholique — il deviendrait le premier Premier ministre ouvertement catholique. D'autres anticipent une doctrine appelée "manchesterisme", favorable à un transfert graduel des pouvoirs du gouvernement britannique vers les grandes villes et régions, et à un État plus interventionniste financièrement. Bien que loué pour avoir réuni les deux franges du parti en se plaçant comme modéré, ses positions changeantes sur certaines questions, notamment une éventuelle réadhésion à l'UE, sont critiquées.
Enfin, certains redoutent une transition rapide alors qu'un plan de dépense militaire massif doit être révélé par Starmer avant son départ lors du sommet de l'Otan le 7 juillet, grâce à une réécriture des budgets ministériels. L'arrivée au pouvoir d'un nouveau Premier ministre britannique devrait créer des remous au sein de l'Union européenne.



