Le comédien et réalisateur Jérémy Banster, nommé directeur de la culture de Castelnau-le-Lez le 1er août, se défend de s'être « autoprogrammé » dans la saison culturelle 2026-2027 du théâtre du Kiasma. Cette saison a été concoctée par l'ancienne équipe municipale, et son spectacle, Le tigre bleu de l'Euphrate, y a été ajouté. L'ancienne adjointe à la culture, Sylvie Ros-Rouart, dénonce une situation contraire à l'éthique pour une régie municipale.
Une saison héritée et un spectacle ajouté
La majorité de Frédéric Lafforgue avait programmé toute la saison en février dernier, avant de perdre les élections en mars. Le nouveau maire Julien Miro et son adjointe à la culture Virginie Péchet ont « hérité » de cette saison, comme c'est l'usage. Lors de la soirée de présentation du 7 septembre, Jérémy Banster évoquait « une saison qui finalement nous ressemble ».
« En avril, la nouvelle équipe m'a proposé d'ajouter Le tigre bleu de l'Euphrate, un spectacle seul en scène que je prépare à partir d'un très beau texte de Laurent Gaudé », assure Jérémy Banster. « Ils avaient à ce moment-là une autre piste pour prendre la direction de la culture. Ce n'était pas moi ! Cette piste n'a pas abouti, et en juin, Julien Miro m'a sollicité », poursuit le comédien.
Un mi-temps et un cachet reversé
Jérémy Banster a d'abord pensé que la charge serait trop lourde au regard de ses activités d'artiste. « On m'a confirmé qu'il s'agissait d'un mi-temps, que j'aurais une assistante donc j'ai dit banco. C'est un beau défi à l'heure où la culture est menacée ! C'est cela qui m'importe, rien d'autre, défendre la culture, faire venir les jeunes au théâtre », explique-t-il.
Il souligne que des liens ont déjà été noués avec les lycéens de l'option théâtre du lycée Pompidou, qui ont choisi son spectacle dans la programmation. « Ils viendront assister à des master class, et j'ouvrirai personnellement mes répétitions », ajoute-t-il. Le livret programme a été imprimé avec la date du 20 avril 2027 pour Le tigre bleu de l'Euphrate. Jérémy Banster assure qu'il renoncera à percevoir son cachet ou bien le donnera à une association.
L'ancienne équipe dénonce un précédent ignoré
L'ancienne adjointe à la culture Sylvie Ros-Rouart réagit vivement à l'argument du travail auprès de la jeunesse : « L'option théâtre du lycée Pompidou existe dans le cadre d'un partenariat financier entre la Ville et la Drac depuis 2019. Les élèves du lycée horticole, notamment les internes, venaient également régulièrement au Kiasma et avaient des temps d'échanges avec les artistes, ce n'est pas nouveau. »
Pour l'ancienne équipe, la question de programmer un spectacle du directeur de la culture s'est déjà posée avec le prédécesseur de Jérémy Banster. « Olivier Morançay, qui gérait pour la ville la programmation du Kiasma, avait lui aussi un très beau spectacle, Histoires comme ça, d'après Rudyard Kipling. Il a été joué aux Gémeaux parisiens, et avait reçu de bons retours presse. Nous avons refusé de le programmer à Castelnau, pour des raisons éthiques d'abord et aussi parce que nous ne sommes pas un centre dramatique national ou un théâtre privé, mais une régie municipale », rappelle Sylvie Ros-Rouart.
Elle insiste : « Le Kiasma n'est pas une entité, mais un bâtiment. C'est la ville qui programme une saison. Et qui emploie son directeur culturel. Une jurisprudence à Bourgoin-Jallieu incite à la plus grande prudence, la loi parle de conditions impartiales et transparentes. Pour nous, elles ne sont pas réunies ici. »