La 24e édition des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, qui s'est tenue du 3 au 5 juillet, a été marquée par une fébrilité palpable parmi les participants. Chefs d'entreprise, économistes et responsables politiques ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'avenir économique de la France à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
Un climat d'incertitude généralisé
Selon un sondage réalisé par l'Institut CSA pour les Rencontres, 78% des dirigeants d'entreprise présents estiment que l'incertitude politique freine leurs investissements. « Nous sommes dans une période d'attente, personne ne veut prendre de risques avant de connaître le résultat du scrutin », a déclaré Jean-Pierre Letartre, président du cabinet de conseil Accuracy.
Les discussions ont notamment porté sur les réformes économiques nécessaires pour relancer la croissance, mais aussi sur les craintes liées à une possible victoire de l'extrême droite ou de la gauche radicale. « Les programmes économiques des principaux candidats sont très flous, ce qui ajoute à la confusion », a souligné Éric Heyer, économiste à l'OFCE.
Des enjeux multiples
Parmi les sujets abordés, la question de la dette publique a été centrale. La France affiche un taux d'endettement de 112% du PIB, un niveau jugé préoccupant par de nombreux intervenants. « Il faudra un plan de consolidation budgétaire crédible, quel que soit le futur président », a averti Laurence Boone, économiste en chef de l'OCDE.
La transition écologique a également été un thème récurrent. « Les entreprises ont besoin de stabilité réglementaire pour investir dans la décarbonation », a plaidé Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies. Selon une étude présentée lors des Rencontres, 62% des dirigeants estiment que la transition énergétique est une opportunité, mais 45% redoutent un ralentissement des engagements en cas de changement de majorité.
Une fracture entre grands groupes et PME
Un contraste est apparu entre les grands groupes, qui peuvent se permettre d'attendre, et les PME, plus vulnérables. « Les petites entreprises n'ont pas de trésorerie pour faire face à des mois d'incertitude », a expliqué Marie-Christine Levet, présidente de la Fondation Entreprendre. Selon les données de la Banque de France, les défaillances d'entreprises ont augmenté de 15% au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025.
Les participants ont également évoqué la nécessité de simplifier les normes et de réduire les charges. « La France a perdu 200 000 emplois industriels en dix ans, il faut inverser la tendance », a rappelé Alexandre Saubot, président de France Industrie.
Des pistes pour l'avenir
Malgré le climat morose, quelques notes d'espoir ont été émises. « La France dispose d'atouts indéniables, comme sa démographie et son système éducatif », a rappelé Jean Pisani-Ferry, économiste. Plusieurs intervenants ont plaidé pour un « pacte de productivité » associant entreprises et salariés.
Les Rencontres se sont conclues par un appel à la responsabilité des candidats. « Nous attendons des propositions concrètes et chiffrées, pas des promesses irréalistes », a lancé Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, présent lors des débats.



